Agriculture et énergie

"La SAFER devient une atteinte à la liberté de propriété"

Entretien avec Maître Gilbert Collard

21 janvier 2006 • Agnès Verdier-Molinié

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Gilbert Collard est Avocat au Barreau de Marseille depuis 1971, Secrétaire de la Conférence du Stage (1973), ancien président de la Coordination Européenne des droits de l'Homme et du Collège de criminologie clinique, Membre de la Société de psycho-histoire et de la société Internationale d'Histoire de la Rhétorique, Membre du conseil Municipal de Vichy (depuis 2001) et Président du MASC (Mouvement pour l'action de la société civile).

Agnès Verdier-Molinié : Vous êtes devenu ces derniers temps l'avocat « anti-SAFER ». Comment cette vocation vous est-elle venue ?

Gilbert Collard : Je trouve que la SAFER ne remplit plus le rôle qui était le sien mais exerce maintenant un arbitraire sur les terres. A la longue, cela devient une atteinte à la liberté de propriété. Cela se passe dans toutes les régions de France, notamment par le jeu très obscur des préemptions ; on ne sait jamais très bien pourquoi telle ou telle terre est préemptée. Cette situation opaque pour le foncier rural n'est pas digne de notre démocratie.

AVM : Pensez-vous que les SAFER obéissent aux intérêts de réseaux ?

GC : Ce système des SAFER ne bénéficie plus à la société mais à des relais multiples. On a fait marche arrière. L'Etat n'a plus son mot à dire, il est totalement impuissant face à des petits pouvoirs locaux. Les institutions ont dégénéré et le citoyen en souffre.

C'est l'exercice d'un pouvoir personnel pour les uns ou de la promotion sociale pour les autres. Partout, ce sont les mêmes personnes qui tiennent les commandes, que ce soit la MSA, le crédit Agricole ou les SAFER. Ce sont des apparatchiks qui sont au pouvoir et, en vertu de cela, ce sont leurs petites ambitions qui quadrillent la France.

AVM : Il semble que le sujet, tout important qu'il soit en vertu de la liberté de propriété, n'intéresse pas grand monde. Pourquoi ?

GC : Ce sujet n'intéresse personne jusqu'au jour où on se rendra compte de la grande misère que font régner les SAFER sur la propriété privée. Cette limitation de la propriété privée qui a peut-être pu s'expliquer ne se justifie absolument plus dans notre société moderne. Dans tous les dossiers SAFER que je traite, je découvre que la SAFER marche à l'autorité envers les propriétaires et cela ne peut pas continuer sans contre-pouvoir.

AVM : Pensez-vous que Bruxelles pourrait venir en aide aux propriétaires afin de les défendre contre l'arbitraire des SAFER ?

GC : Je ne crois pas que le salut sur ce sujet puisse venir de Bruxelles. Le système est bloqué dans chaque parcelle de France à cause de l'usure du système et des coalitions de petits intérêts au sein d'un monde de -très peu nombreux- privilégiés qui se sont accaparé une délégation publique. Il convient de faire venir ces affaires au grand jour et de faire prendre conscience à l'ensemble des Français du fait que le système des SAFER est périmé et qu'il faut le changer.

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