Agriculture et énergie

Éolien marin français : les nouveaux ateliers nationaux

29 septembre 2016 • Philippe François

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À partir de 2011, des appels d’offres ont été lancés pour la construction de centrales éoliennes marines produisant de l’électricité décarbonée et pour créer de toutes pièces une industrie nationale du secteur. La rédaction des appels d’offres impliquait que la construction des éoliennes conduirait à la création d’un maximum d’emplois dans les régions concernées (Cherbourg, Saint-Nazaire, Caen, Le Havre…). EDF, GDF SUEZ et AREVA ont remporté la quasi-totalité des appels d’offres avec ALSTOM et STX comme partenaires. Le prix obtenu par ces entreprises est de 200 à 220 euros le MWh (contre un prix de marché de 40 à 50). En plus de ces tarifs garantis, ces entreprises bénéficient de subventions directes (en centaines de millions d’euros) fournies par le Programme d’investissements d’avenir, l'ADEME et les régions. 

Les éoliennes marines qui seront installées en France sont des structures de 1.500 tonnes, dont le support est haut de 100 mètres, et dont les pales de 73 mètres brassent donc l'air jusqu'à 173 mètres dans le ciel. Trois appels d'offres ont été lancés par les gouvernemnts depuis 2011. Le dernier est en cours de traitement.   

Tableau résumé des appels d'off'res

 

Appel d’offres 2011

Appel d’offres 2014

Appel d’offres 2016

Mise en service

2018-2020

2023

2027-2030

Puissance totale

2.000 MW

1.000 MW

500 MW

Prix MWh / 20 ans

200-220

200-220

En cours

Fournisseurs

EDF-Alstom, 3 centrales, 250 éoliennes

GDF-AREVA, 2 centrales, 124 éoliennes

En cours, 1 centrale, 80 à 100 éoliennes

Iberdrola-AREVA, 1 centrale, 100 éoliennes

http://www.developpement-durable.gouv.fr/Presentation-de-l-appel-d-offres.html

Les fournisseurs étrangers étaient en pratique largement exclus alors que trois entreprises européennes (Vestas et Dong Energy au Danemark, Siemens en Allemagne) sont les leaders mondiaux du secteur avec GE (EU). 

Situation 2016

  1. Alstom a vendu ses activités du secteur énergétique à General Electric
  2. AREVA, a fermé sa filiale d’énergie solaire par concentration  et a fusionné ses activités éoliennes en mer avec le spécialiste espagnol de l’éolien terrestre GAMESA (pertes d’AREVA dans ces deux secteurs : 300 millions d’euros par an)
  3. GAMESA, confronté à la chute des subventions aux énergies renouvelables en Espagne, a décidé de fusionner avec Siemens leader mondial des éoliennes terrestres et marines.
  4. AREVA va abandoner l'éolien marin et vendre sa participation à Siemens qui dispose déjà d'éoleinnes marines différentes de celles d'AREVA (perte de plusieurs centaines de millions d’euros). Continuer seul était trop risqué.     
  5. EDF, en mai 2016, décide de changer de partenaire à 50% pour les trois centrales éoliennes marines qu’il doit mettre en production à partir de 2018. Abandonnant le leader mondial danois Dong Energy choisi en 2011 pour l’américain Enbridge.  
  6. Un troisième appel d’offres est lancé en mai 2016 alors qu’aucun retour d’expérience n’est disponible pour les 6 centrales en commande. Pour tenter de réduire le coût affiché de production, l’État prend en charge une partie des études préalables des sites proposés. Le choix de l’industriel ne sera pas fait par appel d’offres mais à la suite d’un « dialogue compétitif » avec des industriels.
  7. EDF, aux Etats-Unis, a décidé de rééquilibrer son activité en faveur du photo-voltaïque où les perspectives de progrès tehniques sont plus favorables.  

Résultat du meccano industriel initial créé par les gouvernements : 1) les consommateurs français vont devoir payer pendant vingt ans de l’électricité dont le coût brut de production (220 euros par MWh) est de 4 à 5 fois supérieur à celui du marché (50 euros par MWh), et le coût net (tenant compte du caractère intermittent et aléatoire de la production) de 8 à 10 fois supérieur à celui du marché, 2) les contribuables auront versé des centaines de millions de subventions à ces entreprises, et 3) in fine, il est très improbable que la France ait construit une industrie compétitive de l’éolien marin.  

Montant de l’investissement par MW moyen et par MWh produit

 

Eolien terrestre

Eolien offshore

Puissance nominale (par unité)

                  2  

                  6  

Nombre d'unités

               50  

             100  

Puissance nominale globale (MW)

             100  

             600  

Facteur de charge (%)

               23  

               30  

"Puissance moyenne" (MW)

               23  

             180  

Coût de construction (M€)

             150  

          2 700  

Investissement /"MW moyen"  (€/MW)

                  7  

               15  

Durée de vie (années)

               20  

               20  

Productible total (TWh)

                  4  

               32  

Investissement par MWh produit (€/MWh)

               37  

               86  

 

 

Commentaires

  • Par FLUCHERE • Posté le 01/10/2016 à 15:52 Monsieur François met en évidence la gabegie financière entraînée par les idéologues antinucléaires.

    Si l'on ramène les surcoûts sur une période de 20 ans et à supposer que les emplois promis soient au rendez-vous, ce qui reste à voir, cela met la création d'emplois à un coût phénoménal.
  • Par jean Debruyne • Posté le 30/09/2016 à 15:28 Celà ne m'étonne pas. Nous avons des politiques de droite comme de gauche car issus de la culture française qui n'a pas l'économie dans ces cartons.
  • Par Philippe GALTEAU • Posté le 30/09/2016 à 10:52 Quel succès que notre emballement national. Qui dévoilera le cout final effectif de ce fiasco?
  • Par CAMPAN Jean-Jacques • Posté le 30/09/2016 à 08:47 Votre article ne mentionne pas le point le plus important.

    Quel est le prix de revient véritable du kWh produit par ces éoliennes marines.

    Hors subvention bien sûr et y compris le coût du raccordement à la terre.

    De plus compte tenu de durée de vie estimée à XX quel est le bilan énergétique du dispositif ?

    Autrement dit compte des tonnes de béton nécessaires pour la mise en place quel est l’énergie investie et combien de d’énergie produiront elles sur leur durée de vie.

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