Agriculture et énergie

Énergie : bonne et mauvaise baisse de la consommation

09 décembre 2015 • Philippe François

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Réduire la consommation d’énergie est l'une des décisions phares du Grenelle de environnement de 2007. Et la diviser par deux d’ici 2050 l’objectif le plus détonnant de la loi de transition énergétique de 2014. Son évolution est donc régulièrement scrutée pour voir si la trajectoire est bonne. Mais les données doivent être interprétées avec prudence : peut-on se réjouir de la crise ?

Le suivi de la consommation d’énergie est réalisé chaque année par le Commissariat général au développement durable avec quatre variantes : corrigée ou non des variations climatiques, et prise en compte de l’énergie primaire ou secondaire. Comme pour les chiffres du  chômage corrigés des variations saisonnières, les chiffres de la consommation d’énergie sont corrigés en fonction des variations climatiques de l’année. Un exercice complexe mais classique. De son côté, l’énergie secondaire correspond à la consommation effective par les divers utilisateurs finaux; l’énergie primaire inclut en plus l’énergie dépensée par les producteurs d’énergie eux-mêmes pour produire de l’énergie. Cette dernière mesure reflète moins bien les évolutions de la consommation d‘énergie, fait apparaître comme favorables les importations d’énergie (ex fermeture d'une raffinerie de pétrole) plutôt que la production  en France, et fait débat pour la façon dont le nucléaire est pris en compte. Ce sont donc les données de la consommation finale d’énergie corrigées des variations climatiques qui sont présentées ici.  

Des évolutions très diverses

Sur la période récente de 8 ans, la consommation finale d’énergie en France a baissé de 6,4% soit de 0,8% par an alors que la croissance moyenne a été de 0,6%. Une baisse encourageante pour atteindre l’objectif de réduction de moitié pour 2050. Mais les évolutions des trois secteurs de consommation sont très différentes : forte baisse pour l’industrie/sidérurgie, légère baisse pour les transports et stabilité pour le résidentiel/tertiaire. Les chiffres de l’industrie/sidérurgie (et en partie ceux du transport) s’expliquent un peu par les progrès réalisés dans ces secteurs, mais surtout par la baisse de notre production industrielle de 17% entre 2007 et 2014[1], la fermeture de nombreux sites et leur transfert dans des pays étrangers. Une évolution qui n’est ni souhaitable ni durable.

Consommation finale d’énergie corrigée des variations climatiques
en MTep (millions de tonnes d'équivalent pétrole)

 

2007

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014

2014/2007

Evolution PIB en %

+2,4

+0 ,2

-2,9

+2

+2,1

+0,2

+0,7

+0,2

+4,9 %

Agriculture, industrie et sidérurgie

41,8

41,9

37,5

37,7

36,8

34,4

33,9

33,5

-19,8 %

Transports        

50,8

50,5

49,2

49,4

49,3

49,1

48,7

48,8

-3,9 %

Résidentiel, tertiaire

67,8

69,0

69,0

67,8

69,1

68,7

68,5

67,7

-0,01 %

Consommation finale énergétique

160,4

161,4

155,6

154,9

155,2

152,1

151,0

150,0

-6,4 %

 

Source, INSEE, NATEF11346   « Bilan énergétique de la France » publié par le SOeS en juillet 2015.  

Sur le chemin de l’objectif de 2050 (diviser par deux la consommation d’énergie) une étape a été décidée avec une baisse de 20% en 2030 par rapport à 2012, soit de 1% par an. De 2012 à 2014, la baisse a été de 0,6%.   

Conclusion

Dans une période de très faible croissance, de prix souvent élevés de l’énergie et après vingt ans[2] de plans de communication et d’investissement en faveur de la maîtrise de l’énergie, la consommation d’énergie n’a pas baissé dans le secteur résidentiel/tertiaire et très peu dans le secteur des transports. Un signe, sans doute, de l’ampleur des légitimes besoins de base (ex logement, travail, chauffage, loisirs) non satisfaits d’une grande partie de la population française. Chaque année par exemple, la consommation supplémentaire des 330.000 nouveaux logements neufs est sans doute difficilement compensée par les économies d’énergie réalisées dans les 260.000 logements partiellement rénovés[3]. Dans l’industrie, la baisse a été très voisine de celle, non souhaitée, de la production. Les chiffres des prochaines années montreront comment la consommation d'énergie évolue dans le cas d’une reprise de la croissance et de forte baisse du chômage, et si atteindre l’objectif central de la loi sur la transition énergétique est envisageable. Le plan du nouveau PDG d’EDF de remplacer des dizaines de centrales nucléaires françaises actuelles par des EPR nouveau modèle, semble indiquer que ni lui ni son actionnaire, l’État, n’y croient. De son côté, la Fondation iFRAP a prévu, dans le cadre d'une croissance nécessaire et faisable du PIB de 2% par an et par personne, une augmentation de la consommation d'énergie en France de 1% par an.  

2015

Les données de consommation concernant 2015 sont encore provisoires. Pour l’électricité, RTE publie à fin septembre (diagramme ci-dessus) une augmentation de 0,9% corrigée des aléas climatiques. Pour les produits pétroliers, l’UFIP annonce, aussi à fin septembre, une augmentation brute de 2,3%, en partie liée aux commandes précoces de fuel domestique faites pour profiter des prix très bas cette année. Pour le gaz, EDF annonce, à fin juin, une augmentation de la consommation de 12,5% liée à un premier semestre plus froid qu’en 2014. Ces deux dernières valeurs ne sont pas corrigées des aléas climatiques. 


[1] Voir Insee. 

[2] Vingt ans de lutte contre le réchauffement climatique en Fance, CESE, avril 2015

[3]  Le montant moyen des rénovations étant de 6.000 euros, les travaux sont très limités et ne réduisent la consommation que de 10 à 20% : https://www.lenergieenquestions.fr/renovation-energetique-265-000-logeme...

 

 

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