Agriculture et énergie

Électricité éolienne : opacité de l'évolution des coûts

19 octobre 2018 • Philippe François

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Pour favoriser le déploiement des centrales éoliennes terrestres, le gouvernement fixe les tarifs auxquels EDF[1] doit acheter toute l’électricité éolienne produite. En 2006, le décret avait mis la barre à 82€ / Mwh, garantis pendant 15 ans[2]. Les suivants ont réduit ce prix d’environ 10 € / Mwh pour les nouvelles centrales, tout en allongeant la période de garantie à 20 ans.

Mais en 2017, la Commission de régulation de l’électricité (CRE) a constaté un prix moyen d’achat de 88,1€ / Mwh. Un niveau mettant en évidence que le prix affiché à la signature des contrats constitue un plancher. Chaque année, il est réévalué en fonction d’un indice complexe, qui augmente le prix de l’électricité éolienne, et donc les taxes sur l’énergie payées par les consommateurs. 

Dans son rapport de mars 2018, Le soutien aux énergies renouvelables, la Cour des comptes a mis en lumière "Un volume global des charges de soutien à venir mal anticipé" et sa première recommandation a été de "Publier le calcul des coûts de production et des prix, actuels et prévisionnels, de l’ensemble du mix énergétique programmé dans la PPE." En chiffrant le niveau des tarifs non plus sur la première année mais sur les 20 ans de la durée des contrats, cette note veut contribuer à informer et à répondre à la demande de la Cour des comptes.      

 

[1] Et ses concurrents à partir de 2017

[2] Le prix moyen en France des productions classiques (hydraulique, nucléaire, gaz, fuel, charbon) est de 45 euros.

Mode d’indexation

Pour l’éolien terrestre[1], le tarif annuel garanti auquel le producteur vend l’électricité de ses éoliennes dépend de trois paramètres[2] :

Paramètres

Nom

Le plan gouvernemental dont dépendent ses éoliennes
(ex. 2006, 82 €/Mwh)

Tarif de référence (Tr)

La date d’acceptation du projet par le gouvernement
(ex. 2007)

Tarif de base (Tb)

L’année de production
 (ex. 2017)

Tarif courant (Tc)

 
  • Le tarif de référence Tr est fixé par décret par le gouvernement (ex. 82 € / Mwh)
  • Le tarif de base Tb est calculé en multipliant le tarif de référence par le coefficient K, fonction de l'évolution des salaires        Tb = K*Tr

K = 0,5 × (ICHTrev-TS₁ / ICHTrev-TS₀) + 0,5 ×(FM0ABE0000₁ / FM0ABE0000₀)

- ICHTRev-TS : coût horarire du travail révisé, tous salariés, publié par l'INSEE

- FM0ABE0000 : prix de production de l'industrie française pour le marché français, publié par l'INSEE 

- indice 0 correspond à la date du tarif de référence

- indice 1 correspond  à la date d'acceptation du projet 

  • Le tarif de l’année, ou tarif courant Tc, est calculé en multipliant le tarif de base par le coefficient L. fonction des coûts de production industriel             Tc = L*Tb     

L = 0,4 + 0,4×(ICHTrev-TS₂ / ICHTrev-TS₁) + 0,2×(FM0ABE000₂ / FM0ABE0000₁)

-  indice 1 correspond à la date d'acceptation du projet

-  indice 2 correspond  à la date de production  

Ces deux coefficients sont fonction du coût de la main-d’œuvre dans les industries électriques et mécaniques, et des prix de production de l’industrie française pour le marché français. Les formules de calcul de ces deux indices sont publiques mais leurs valeurs passées ne sont pas publiées, et les projections faites sur l’avenir non plus. Compte tenu des indicateurs retenus, ils progresseront presque toujours plus vite que l’inflation (Le détail des formules est disponible dans le document Contrat d’achat d’électricité). 

A titre d’exemple, l’évolution de l’indice FM0ABE0000 sur dix ans montre la croissance de l’indice dont dépend le prix de l’électricité éolienne terrestre.

Pour les nouveaux contrats souscrits à partir de 2018 par appels d’offres et non plus à prix garantis, une nouvelle formule pour le facteur L a été mise au point :

L= 0,7 + 0,15×(ICHTrev-TS₂ / ICHTrev-TS₁) + 0,15×(FM0ABE000₂ / FM0ABE0000₁)

 

Application à un cas concret :
plan éolien de 2006, contrat signé en 2007, production de l’année 2017

Tarif du plan 2006

Tarif à la signature du contrat 2007

Tarif
2017

 

K=1,027

L=1,117

82 € / Mwh

84,22 € / Mwh

94,09 € / Mwh

 

Plus généralement, le diagramme ci-dessous montre l’évolution sur 20 ans du prix de production des centrales éoliennes existantes. Deux hypothèses sont illustrées, selon que l’indexation conduit à une augmentation du prix d’achat par EDF de 1 ou 2 % par an. En comparaison la courbe grise représente l’évolution en fonction d’une baisse de 1% par an du prix pour les nouvelles centrales, conformément à des promesses des responsables politiques.

  • En gris     :  le prix de vente de la production des anciennes éoliennes augmente de 2% par an à partir du tarif de référence de 82 euros ;
  • En orange : le prix de vente de la production des anciennes éoliennes augmente de 1% par an à partir du tarif de référence de 82 euros ;
  • En bleu    : le prix de vente de la production des nouvelles centrales éoliennes baisse de 1% par an à partir de 82 euros.

Au total, dans 20 ans et avec ces hypothèses, la production des centrales attribuées à 82 euros en 2016 serait de 100 ou 120 € (en euros constants 2016), soit 65 à 84% plus coûteuse que celle des nouvelles éoliennes.

Conclusion

Les tarifs de l’électricité éolienne[3] sont indexés partiellement sur l'évolution des salaires alors que les investissements et leurs amortissments constituent le facteur essentiel de la formation des coûts de production. Et les conséquences de l'indexation ne sont ni mesurées ni publiées. 

En voulant contourner les lois du marché sur une longue période, nous nous sommes, en France, enfermés dans une mécanique infernale. En Allemagne, à partir de la mise en production, les prix sont désormais fermes et définitifs (pas d'indexation sur l'inflation) sur la période de 20 ans. Au Royaume-Uni, plus aucun tarif n’est garanti aux producteurs depuis 2015. En supposant qu’en France, des règles d’indexation aussi complexes aient été indispensables il y a 12 ans pour permettre le développement de cette technologie, le minimum  de transpartence serait que les véritables prix d'achat soient publiés de façon détaillée par la Commission de régulation de l'énergie.  Les subventions aux énergies renouvelables sont actuellement de 5 milliards par an, et vont passer à 8 milliards en 2024. Des montants considérables, comparables au budget de la justice ou à celui de la recherche publique, qui justifient une exigence de tranparence vis-à-vis des décideurs politiques, des consommateurs et des contribuables.   

 

[1] Des modes d’indexation similaires sont en place pour l’éolien marin, le solaire ou la méthanisation.

[2] Une nouvelle méthode de soutien par « complément de prix » a été mise en place en 2017. Les méthodes d’indexation étant similaires, nous traitons du système de prix garantis de 2006-2016, le principal en production actuellement.

[3] Le problème est le même pour les tarifs de l’électricité produite par les éoliennes marines, les centrales photovoltaïques et les méthaniseurs. 

Commentaires

  • Par Pierre-Ernest • Posté le 27/10/2018 à 21:19 L'idée de base qui a justifié les subventions aux énergies écolos c'était de donner un coup de pouce à ces technologies pour leur permettre de se développer. L'idée sous-jacente était que les prix de revient devaient baisser avec le temps. D'ailleurs, de nombreuses annonces de presse nous informent qu'effectivement, ces prix de revient baissent fortement. 1) Mais alors, pourquoi une formule basée sur des indices de coût de main d'oeuvre qui, comme le fait remarquer l'article augmentent plus vite que l'inflation ? 2) Sans vouloir faire des grands développements mathématiques, on peut remarquer que cette formule de calcul aboutit à une fonction du second degré pour les coûts de main-d'oeuvre. Ce type de fonction peut être représenté par la formule générale y = ax^2 +bx +c. Sa courbe représentative a sa concavité orientée vers le haut si a est positif, ce qui est le cas. Cela signifie que l'influence du coût de main d'oeuvre devient de plus en plus grande en fonction du temps. Il s'agit, de toute évidence, d'une entreprise d'enfumage destinée à masquer le but réel de l'opération : enrichir un groupe précis d'individus au dépend de la collectivité.
  • Par reiller • Posté le 27/10/2018 à 17:11 Suite . le coefficient L ne devrait s'appliquer qu'aux frais d'entretien, en aucun cas au prix principal: la machine étant livrée à l'année n on voit mal pourquoi son prix dépendrait des évolutions économiques à n+15!
  • Par reiller • Posté le 27/10/2018 à 08:28 MERCI DE CETTE INFORMATION, qui me fait douter une fois de plus du fonctionnement de nos services publics . Qui est en charge de ces formules de révision des prix? Pourquoi ces formules sont elles dépendantes de facteurs qui ont peu à voir avec la réalité des machines achetées? Pourquoi n'y a t il aucun effet de série?? L'article ne dit pas si l'investissement est payé à la construction par l'exploitant français; mais laisse entendre que ce n'est pas le cas. Alors on devrait constater que nous payons plus cher que nos voisins, car c'est généralement le cas dans ce type de montage financier . Dommage que vous n'ayez pas regardé de ce coté A économiser du capital on devient totalement dépendant de l'autre..
  • Par pascontent • Posté le 25/10/2018 à 19:54 Imposture: 1 Les éoliennes ne peuvent pas remplacer le nucléaire 2 Le coût de l'électricité éolienne est totalement abusif et conduit à une CSPE confiscatoire sur nos factures d'électricité 3 Le coût de l'électricité nucléaire reste largement inférieur, malgré les tentatives pour l'augmenter par des obligations de "sureté" abusives. L'électricité nucléaire ne produit pas de CO2. Le problème des déchets est sous contrôle et sera totalement résolu par l’adoption future des surgénérateurs consommateurs de déchets (nous étions en avance sur ce type de réacteur dont le prototype de Creys-Malville était parfaitement au point et a été stupidement détruit (à la tronçonneuse !) par de soi-disant écologistes avec une perte financière fabuleuse (50 milliards de francs au moins). Bref, basta ! Cela suffit : ne dépensons plus des milliards (nous les consommateurs ) pour une fausse bonne idée.

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