Agriculture et énergie

EDF - Vers la vérité des prix de l'électricité ?

25 novembre 2009 • Bertrand Nouel

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Nouveau président d'EDF, Henri Proglio n'est pas avare de déclarations fracassantes.

- La première est une jolie formule : « EDF est une administration cotée en Bourse, elle va devenir une entreprise ». Voilà qui ne fera pas plaisir aux tenants du service public pur et dur, encore que cela ne remette pas en cause les « tarifs sociaux » particuliers qui sont l'objet des obligations de service public de l'électricien.

- La seconde, d'après les députés qui l'ont auditionné à huis clos, a eu pour but d'exprimer l'opposition du président à la mise en œuvre des préconisations du rapport Champsaur concernant l'ouverture du marché de l'électricité.

En bref, les conclusions du rapport Champsaur tendent, face à la condamnation des tarifs réglementés actuels par Bruxelles, à trouver une solution moyenne aboutissant à maintenir malgré tout ces tarifs au prix d'une fourniture par EDF de l'électricité aux opérateurs alternatifs (Poweo, Direct Energie, GDF-Suez…) à un prix leur permettant de faire une concurrence effective à EDF. Mais Henri Proglio ne l'entend pas de cette oreille, et se refuse à fournir l'électricité à ses concurrents à un prix voisin du prix coûtant, au nom de la valeur de l' « entreprise » EDF. Il est intéressant de noter que sur ce sujet le nouveau président rencontre le plein accord des syndicats, opposés à l'ouverture du marché. Comme quoi la valorisation capitalistique de l'entreprise s'appuie sur l'exploitation abusive du monopole historique [1]. Rien n'est simple !

Le projet de loi gouvernemental NOME (Nouvelle Organisation du Marché de l'Electricité), qui doit être discuté en avril prochain, a précisément pour but de mettre en œuvre le rapport en question. Comme la nomination d'Henri Proglio ne s'est pas faite sans l'aval exprès du chef de l'Etat, on est en droit de se poser des questions sur la politique qui sera finalement suivie.

Mais le bras de fer avec Bruxelles risque de toutes façons de se terminer par l'abandon des tarifs réglementés et, partant, par une augmentation du prix de l'électricité. EDF est on le sait depuis longtemps opposé comme Bruxelles aux tarifs réglementés, et le Conseil Constitutionnel avait déjà dans sa décision du 30 novembre 2006 déclaré ces tarifs contraires aux engagements internationaux de la France dans la mesure où ils n'étaient pas, à la différence des tarifs sociaux, la conséquence des missions de service public d'EDF et ne s'appliquaient qu'à EDF. L'opposition d'EDF à la vente d'électricité à ses concurrents à un prix voisin du prix coûtant peut alors se traduire par des tarifs qui rejoignent ceux du marché international. On en reviendrait alors au même résultat que celui préconisé ce été par Pierre Gadonneix, le précédent président d'EDF, qui avait provoqué un scandale en demandant une augmentation de 20% des tarifs réglementés.

Le rapport Champsaur préconise à vrai dire une solution artificielle pour se concilier Bruxelles dans la mesure où la concurrence s'avère possible. Mais c'est au prix du maintien de tarifs qui, comme Pierre Gadonneix l'avait dit, ne permettent pas à EDF de faire face aux investissements nécessaires et aux coûts de maintenance. Il n'est pas inutile de le rappeler au moment où EDF nous avertit sur les risques de coupures d'électricité pour cet hiver pour cause d'insuffisance de production.

[1] Exploitation abusive, car le choix du nucléaire est la conséquence d'une politique nationale dont il n'y a pas de raison qu'EDF soit la seule à profiter

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