Agriculture et énergie

EDF : pas au courant

05 septembre 2006 • Jean-Pierre Chevallier

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Les dirigeants d'EDF semblent ne pas être au courant du coût des retraites de leurs salariés car ils ne publient aucune information à ce sujet !

La situation est étonnante, car GDF qui est issu du même groupe, donne toutes les informations nécessaires. En effet, les comptes certifiés de GDF montrent qu'une charge de retraite de 14 milliards d'euros a été transférée aux caisses de l'ARRCO (et de l'AGIRC) moyennant le paiement de 2 milliards d'euros seulement ! Les caisses de retraite des salariés du privé sont censées recevoir à l'avenir 12 milliards d'euros pour financer les pensions des futurs retraités de GDF (qui n'ont jamais cotisé à ces caisses). Comme les conditions de retraite des 32.251 gaziers sont semblables à celles des 156.152 salariés actuels d'EDF, une savante règle de trois conduit à estimer la charge de retraite d'EDF à… 60 milliards d'euros !

Les dirigeants d'EDF auraient dû publier des comptes en conformité avec les règles comptables et faire apparaître clairement cette charge de retraite dans leurs comptes (comme GDF), mais ils ne l'ont pas fait car son montant trop élevé aurait risqué de révéler trop clairement ce scandale. Les dirigeants et les commissaires aux comptes ne respectent pas les lois ni les règles comptables que les représentants de l'Etat qui en ont la tutelle sont pourtant censés faire respecter. Aux Etats-Unis, une telle escroquerie, dépassant largement celle d'Enron, aurait déclenché un tollé général. Les médias auraient largement couvert l'affaire. Les coupables auraient été condamnés à des peines de prison et à des amendes très importantes. En France, rien de tel. Les salariés spoliés ne réagissent pas. Les dirigeants des syndicats qui sont censés les défendre trempent honteusement dans la combine en acceptant que les autres salariés payent de leur poche 60 milliards d'euros pour les retraites des agents d'EDF et 12 milliards d'euros pour ceux de GDF.

Le Général de Gaulle disait jadis que les Français étaient des veaux. A notre époque, ils sont victimes d'une forme d'encéphalite spongiforme qui leur sera fatale…

2004 EDF GDF
Charges de retraite (Données en milliards d'euros) 59, 326* 12, 253
Effectifs 156 152 32 251
* estimation résultant de l'application du ratio de GDF.

Les comptes d'EDF révèlent quelques surprises...

Les clients d'EDF sont apparemment de très mauvais payeurs puisqu'ils ont 22 milliards d'euros de dettes au 31 décembre 2004 pour un chiffre d'affaires de 47 milliards d'euros, ce qui est peu vraisemblable. En fait, EDF comptabilise dans le chiffre d'affaires, non pas des produits effectivement vendus c'est-à-dire facturés, mais la production d'électricité qui sera ensuite facturée comme l'indique subrepticement une phrase du rapport de gestion (point 1,5 page 13 des comptes consolidés) : Les quantités d'énergie livrée non relevée non facturée sont déterminées à partir de statistiques de consommations et d'estimations de prix de vente ! Le véritable chiffre d'affaires d'EDF est ainsi frauduleusement majoré de quelques milliards d'euros. Ce sont des fraudes comptables de ce type qui ont conduit Enron à la faillite et ses dirigeants en prison…

La rentabilité nette réelle (résultat net sur chiffre d'affaires, retraité des produits et charges sur les exercices passés et à venir) d'EDF est faible : 2,5%, très inférieure à la norme de 5 à 7% ainsi que celle des capitaux investis (ROCE de 12% au lieu de 20%). Dans la mesure où le chiffre d'affaires réel est inférieur à celui qui est publié, la rentabilité réelle d'EDF est donc nulle voire négative.

Les comptes d'EDF sont certifiés en particulier par Deloitte et par Ernst & Young. Andersen n'a pas survécu au scandale d'Enron…

Par ailleurs, l'augmentation des bénéfices affichée en 2004 s'explique essentiellement par une baisse de l'impôt sur les sociétés (!) et par une diminution de la dépréciation des écarts d'acquisition. Ces éléments non récurrents ne rendent pas correctement compte de l'évolution de la situation réelle qui stagne en fait.

La valeur des immobilisations nettes diminue surtout quand elles sont estimées à leur juste valeur. EDF sous-investit (ce qui est dangereux pour l'avenir) alors qu'elle est sur-endettée avec un gearing (dettes à long terme sur capitaux propres) de 150% qui devrait être inférieur à 50%.

Les électriciens d'EDF sont surpayés avec un salaire brut moyen de 3800 euros par mois auquel s'ajoutent des avantages en nature de 10%. Avec un salaire brut médian de 2000 euros par mois, les salariés du privé vont donc se serrer la ceinture pour financer les retraites des salariés d'EDF surpayés…

Au-delà du scandale, ces 60 milliards d'euros de charges de retraite doivent s'analyser aussi comme des créances non provisionnées qui augmentent la masse monétaire en circulation. En effet, les salaires d'EDF auraient dû être moins élevés pour pouvoir financer ces 60 milliards d'euros qui correspondent à de l'argent non gagné. Des charges de retraite non provisionnées émanent d'autres entreprises dites publiques. Certaines ont déjà été transmises à l'Etat ou à l'ARRCO (et à l'AGIRC) ou le seront dans l'avenir. Il en est ainsi avec GDF (12 milliards d'euros), La Poste (70 milliards d'euros), France-Télécom et la SNCF (pour des dizaines de milliards d'euros). Ensemble, elles accumulent plus de 200 milliards d'euros qui alimentent une inflation cachée. Le problème devient alors vraiment très grave. Il s'agit là d'une bombe à retardement qui éclatera à l'avenir. Pour le présent, ces dettes devraient s'ajouter aux 1000 milliards d'euros de dettes publiques.

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