Agriculture et énergie

Conférence de Lima

Défi climatique : confusion française entre l'objectif et les moyens

17 décembre 2014 • Philippe François

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La première leçon du management pour les nuls, c'est qu'il faut fixer les objectifs à atteindre, et laisser les équipes libres de trouver les moyens d'y parvenir. Leur créativité est étonnante. En ce qui concerne le climat, l'objectif, c'est de contenir le réchauffement climatique à moins de deux degrés. Pas de réduire la consommation d'énergie des Français, ni de préférer l'éolien au nucléaire ou la réduction de la consommation à l'utilisation du gaz. Tous les pays du monde l'ont compris, sauf l'Europe, dont la France qui a décidé de façon arbitraire comment atteindre cet objectif. Une méthode sûre pour faire les mauvais choix.

En 2014, la réduction de la production des gaz à effet de serre semble considérée comme le meilleur moyen de maîtriser l'évolution du climat. La nécessité pour la France, déjà un très bon élève dans cette matière, de s'engager d'urgence dans cette lutte fait légitimement débat. Mais, une fois ce choix fait, reste à décider de la meilleure façon d'y parvenir. Ni les deux superpuissances (Chine, États-Unis), les plus productrices de gaz à effet de serre, ni les 196 pays qui ont signé l'accord de la conférence onusienne de Lima sur le climat ne se sont engagés sur la façon dont ils vont tenir leurs engagements.

Engagements des différents pays au 1er janvier 2015
Chine commencer à réduire sa production de CO₂ autour de 2030
États-Unis réduire sa production de CO₂ de 26 à 28 % de 2005 à 2025
Accord de Lima réduire sa production de CO₂ de 40 à 70 % d'ici 2050
Europe (UE) réduire sa production de CO₂de 40% en 2030 par rapport à 1990
atteindre 27 % d'énergie renouvelable
réduire de 30 % leur consommation d'énergie par rapport à 1990
France réduire sa production de CO₂ de 40% en 2030 par rapport à 1990
réduire notre consommation d'énergie finale de 50 % en 2050 par rapport à 2012 (et de 30 % en 2030)
réduire notre consommation d'énergie fossile de 30 % en 2030 par rapport à 2012
atteindre 32 % d'énergie renouvelable en 2030 (23 % en 2020)
réduire de 33 % le pourcentage d'électricité d'origine nucléaire en 2025 par rapport à la situation de 2015
imposer la norme de construction RT 2012 qui favorise le chauffage au gaz au détriment de l'électrique

Rester agile

Comme on le voit ci-dessus, la France s'est enfermée dans le carcan le plus contraignant possible, alors que chaque année apporte des bouleversements (quantité, type, prix) dans le domaine de l'énergie [1]. Un engagement très imprudent qui, soit ne sera pas tenu, soit le sera aux dépens du niveau de vie des Français et du statut de la France. Personne, en 2014, ne sait ce qui va se passer dans le domaine de l'énergie d'ici 2050. La baisse de la consommation, l'efficacité énergétique par la technologie, le remplacement du charbon et du pétrole par le gaz [2], le nucléaire, le solaire, la capture du CO2, les agrocarburants produits à partir de plantes OGM, la réduction de la production des autres gaz à effet de serre sont des candidats crédibles. Et les candidats à venir sont encore inconnus. Toutes solutions qui peuvent, peut-être, permettre d'atteindre le véritable objectif : maîtriser l'augmentation de la température. Et non pas d'imposer aux Français des contraintes coûteuses et arbitraires comme de réduire la consommation d'énergie ou de diminuer le pourcentage de nucléaire en décidant a priori de fermer, par ou pour l'exemple, la centrale de Fessenheim.

[1] Le cas des Etats-Unis qui ont brutalement abandonné en 2010 un vaste programme de construction de nouvelles centrales nucléaires (notamment avec EDF) quand les promesses du gaz de schiste ont commencé à se concrétiser, montre qu'il est indispensable de rester agile.

[2] Une méthode très efficace pour les Etats-Unis qui ont pratiquement déjà atteint leur objectif pour 2025 : les Etats-Unis ont émis plus de 5 498 millions de tonnes de CO₂ en 2011. En 2012, les Etats-Unis ont la baisse d'émission de CO₂ la plus marquée, grâce au remplacement du charbon par le gaz de schiste dans les centrales électriques. En revenant à 5298 millions de tonnes d'émission de CO₂, les Etats-Unis reviennent à leur niveau du milieu des années 1990.

Commentaires

  • Par Michel • Posté le 24/12/2014 à 19:25 Je rejoins Marcel Terrier pour dénoncer cette arnaque géante, le GIEC n'est pas un organisme scientifique, allez voir ce que disent de nombreux scientifiques et pas les moins compétents sur le sujet du changement climatique http://pensee-unique.fr/ avant de commencer à proposer des solutions à un faux problème.
  • Par Assez pour les nuls • Posté le 19/12/2014 à 23:47 Aujourd'hui avec les différentes intoxications dont nous sommes victimes, si l'on est pour l'éolien, on est dans le sens du courant... et du pouvoir politique. Donc quelqu'un de bien !

    Si l'on est contre, c'est qu'on est pour le nucléaire.

    Drôle d'amalgame.

    La problématique est d'une autre nature. Il s'agit d'assurer la transition énergétique d'un pays, champion du monde pour ses faibles émissions de Gaz à Effet de Serre pour ce qui est de la production électrique. Les accords de Lima sont sans doute marqués au coin, de bon sens (ne pas dilapider les ressources de la planète) mais les politiques français ont sans doute le plus besoin de se valoriser et de se faire mousser en étant les ''messieurs plus''. Je t'ajoute et je te surajoute tout ce qui passe à ma portée pour me faire valoir. Mais pour quel(s) résultat(s) ? Gardons notre nucléaire (non émetteur de CO². Valorisons-le. Apportons-lui les évolutions nécessaires, notamment avec l'utilisation du Thorium que les Chinois vont mettre en exploitation en 2015. Et nous continuerons ainsi à être les élèves modèles en fait d'émissions de Gaz à Effet de Serre dans la production d'énergie électrique.

    Et n'enlaidissons pas ''bêtement'' la France de 20 000 nouvelles éoliennes qui ne pourront au mieux, remplacer qu'un ou deux réacteurs nucléaires. En sur-polluant comme les Allemands ont si bien su le faire avec leur multiplication d'énergies renouvelables et l'adossement de centrales thermiques pour pallier à l'instabilité de production du vent ou du solaire.
  • Par alain38 • Posté le 19/12/2014 à 16:20 100% d'accord avec ce constat.

    Normalement un gouvernement soucieux de l'avenir de la planète, surtout avec des "Verts" comme partenaires, devrait n'avoir qu'un objectif : la baisse de 2° de la température moyenne ou, si cet objectif est trop général, un objectif intermédiaire de réduction de 40% des émissions de CO2.

    Comme notre économie est chancelante, on aurait pu définir comme objectif secondaire de renforcer la compétitivité des entreprises et l'emploi.

    Au lieu de partir de ces principes logiques évidents, nos politiques se sont appuyés sur l'idéologie des Verts, en prenant implicitement comme priorité la sortie du nucléaire : sa réduction de 75 à 50% ainsi que l'arrêt de Fessenheim en étaient d'ailleurs les seuls ingrédients dans les promesses de campagne du candidat Hollande.

    La preuve ?

    L'arrêt de centrales nucléaires et leur remplacement par de l'éolien ou du solaire coûtera très cher aux consommateurs (la taxe CSPE pèse déjà de 15% dans nos factures EDF) sans supprimer le moindre gramme de CO2 émis.

    L'exemple allemand montre même que ces émissions augmenteront, en raison de l'obligation d'avoir des centrales fossiles de compensation de l'énergie non produite par ces centrales, en l'absence de vent ou de soleil.

    Bref la France sera encore plus en déclin, tout en polluant davantage.

    Dogme, quand tu nous tiens.....
  • Par KIRCHNER Bernard • Posté le 19/12/2014 à 11:18 Je suis tout à fait d'accord sur la logique de votre raisonnement qui consiste à fixer un objectif (par exemple, une limite à l'émission de CO2) et de laisser les agents économiques rechercher et trouver les meilleurs moyens pour y parvenir: c'est ce que notre gouvernement, sous influence des écolo-politiques, s'avère incapable de faire.

    Cela dit, cette excellente démarche devrait commencer plus en amont.

    1) Y a-t-il réchauffement climatique? A cette question tout le monde s'accorde pour répondre OUI

    2) Le réchauffement climatique est-il causé essentiellement par les activités humaines? A cette question le GIEC, qui s'appuie beaucoup sur des modèles mathématiques qui sont basés sur la prolongation des tendances observées, répond OUI, ce qui n'explique pas les nombreuses périodes cycliques de Réchauffement/Refroidissement observées depuis 700.000ans. Des astronomes sérieux pensent au contraire que les variations affectant le fonctionnement de notre soleil (qui comme tout équipement matériel n'est évidemment pas assuré d'une stabilité parfaite: le passé l'a montré!) sont responsables pour l'essentiel du réchauffement, les activités humaines n'intervenant que de façon marginale.

    3) Tant que cette incertitude n'est pas levée, ne serait-il pas raisonnable de consacrer les moyens limités dont on dispose pour une grande part aux mesures de sauvegarde des populations affectées (mesures de toutes façons nécessaires quelle que soit la réponse correcte à la question 2) et pour une moindre part à la limitation des émissions des gaz à effet de serre dont on ne sait même pas lequel serait le plus influent (H2O, CO2, CH4, etc.)?

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