Agriculture et énergie

Avis de tempête sur Météo France

04 février 2003 • Nicolas Lecaussin

agriculture_energie.jpg

Fin décembre 1999, une terrible tempête ravage la France de long en large provoquant de nombreux dégâts : des forêts entières rasées, des centaines de toits arrachés, des routes coupées et inondées, des milliers de foyers sans électricité en plein hiver. Plus récemment, en janvier 2003, quelques centimètres de neige bloquent plus de 100.000 personnes partout en France. Dans les deux situations, l'alerte météo a été sous-estimée ou donnée trop tard. Le 4 janvier dernier, malgré l'importance des chutes de neige, Météo France n'a publié son bulletin d'alerte que vers 12h30, quelques heures après le début des précipitations. Ce bulletin a été repris par les autorités de la route à 14h30, lorsque les premiers accidents de camions avaient déjà paralysé l'autoroute A10. Par la suite, les automobilistes sont restés des heures dans leurs voitures sur cette autoroute qu'on aurait pu fermer à temps si l'information avait été fiable et communiquée à temps.

Un Pré-rapport demandé par le ministre des Transports vient d'être rendu public : malgré le nombre d'acteurs en cause (la société gestionnaire COFIROUTE, le SIER, Service interdépartemental d'exploitation routière, et Météo France) et le peu de temps à disposition pour établir les responsabilités, les rapporteurs ont conclu à la responsabilité de COFIROUTE dans la gestion de la crise, sans pour autant donner plus de détails sur leurs véritables "fautes". Accusée dans un premier temps d'avoir sous-estimé l'ampleur des chutes de neige, Météo France a invoqué les "limites des modèles de prévision dont les résultats doivent être en permanence confrontés avec l'avis des prévisionnistes". Un responsable a même déclaré que le "taux de réussite dans les prévisions n'est que de 50%". Comment cela est-il encore possible aujourd'hui avec les extraordinaires moyens dont disposent les techniciens de la prévision ? Et pourquoi, une fois de plus, les pouvoirs publics ne souhaitent-ils pas enquêter sur cette institution dont les défaillances s'accumulent et sont suivies de conséquences irréparables ?

Fondée par Napoléon III, Météo France est d'abord protégée par les médias, en particulier les télés (la météo sur TF1 réunit tous les soirs entre 9 et 11 millions de téléspectateurs) qui ont multiplié ces derniers mois les émissions et les reportages consacrés aux conditions météorologiques. Pourtant, cet intérêt grandissant va de pair avec une méfiance tout aussi renforcée pour notre capacité de prévoir le temps à venir. "Ils se sont encore trompés", disent les mauvaises langues en regardant le ciel menaçant couvert de nuages alors que la veille on avait annoncé du soleil. Ces "ils" sont les 3700 employés de Météo France. "Ils" ont un statut de fonctionnaire et disposent d'un budget de 1,2 Md de francs (2001) sur un total de 1,7 Md de francs, c'est-à-dire des dépenses de personnel qui représentent 71% du budget ! Un employé coûte 460.000 francs/an (38.000 francs/mois). Certains coûtent encore plus car ils bénéficient d'une indemnité d'éloignement (30.000 francs pour les 400 employés des DOM-TOM). Depuis janvier 2003 la Direction a réalisé qu'on pouvait faire des économies grâce à une politique de recrutement local et à l'affectation d'agents originaires des DOM-TOM.

Tout au long de l'année 2001, de nombreuses négociations ont eu lieu dans l'établissement pour la mise en place de la réduction du temps de travail applicable au 1er janvier 2002. Le texte - signé par un seul syndicat - prévoit des horaires qui ne dépassent pas 30-35 heures/semaine, et cela en fonction des postes (cadres ou techniciens). En fait, on retrouve la même organisation du temps de travail que dans les autres "services publics" : moins on travaille, mieux on se porte. D'ailleurs, le flottement dans les prévisions est en grande partie dû au manque de disponibilités des agents.

Les ressources de Météo France indiquent que les subventions de l'Etat ne représenteraient que 964 millions de francs, environ 60% du total. Mais un regard attentif sur leur structure montre que seulement 263 millions de francs (14% du total) proviennent des recettes commerciales et cela en dépit du développement des kiosques mobiles Audiotel et Télétel. Concernant l'origine des autres ressources, elle n'est pas privée. En plus d'autres subventions directes de l'Union européenne, les collectivités locales et autres organismes publics, elles sont complétées aussi par une "redevance aérienne", une sorte de taxe d'un montant de 445 millions de francs (25,9% du total des ressources). Mais il s'agit, là aussi, de l'argent d'origine publique (aéroports, aviation civile).

De plus, Météo France fait appel à d'autres prestataires pour ses prévisions. Ainsi, pour ce qui est de la carte météorologique, elle est fournie par EUMETSAT, l'organisation européenne de satellites, située en Allemagne, qui offre à 18 pays les informations nécessaires pour prévoir le temps. Cette organisation est subventionnée par les Etats-membres (la France lui a versé 245 millions de francs en 2001) mais n'emploie que 138 personnes. Cela représente 25 fois moins que Météo France. Une précision supplémentaire : on peut très bien consulter la météo pour la France en accédant directement au site d'EUMETSAT. Tous les dimanches soir, au Journal de 20 heures, les téléspectateurs ont droit aux prévisions météo pour la semaine. Savent-ils que Météo France obtient ces prévisions du Centre européen pour les prévisions météorologiques situé à Reading (Grande-Bretagne) ?

Un agriculteur que nous avons interrogé affirme qu'il n'est pas du tout concerné par les informations de Météo France. Il reçoit tous les jours des fax de la Chambre d'Agriculture (qui dispose de ses propres stations) l'informant sur les changements climatiques. En fait, en quoi Météo France est-il un service public ?

Fermer

Newsletter

Inscrivez-vous à la lettre d'information hebdomadaire de la Fondation iFRAP.

Recevez chaque semaine notre lettre d'information pour vous tenir au courant de l'activité et des travaux de la Fondation iFRAP.