Agriculture et énergie

Agriculture : compétitivité et coût de la protection sociale

22 septembre 2011 • Bertrand Nouel

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Notre ministre de l'agriculture, Bruno Lemaire, répète avec force [1] qu'afin d'assurer la compétitivité des entreprises agricoles françaises, qui « mettent en silence la clé sous la porte » en raison du coût excessif du travail par rapport à celui de leurs concurrentes des pays voisins (Espagne et Allemagne surtout), il est indispensable de réformer le financement de la protection sociale. Hélas c'est loin d'être suffisant.

Comme nous l'avons signalé le ministre paraît mettre là ses pas dans ceux du député Bernard Reynès, rapporteur de la mission sur la relance de l'agriculture, et déjà auteur de la proposition de taxation des eaux sucrées, qui plaide pour l'institution d'une TVA sociale (augmentation de 5,5 à 6,7% de la TVA à taux réduit sur les produits alimentaires, pour un rendement de 1,6 milliard d'euros). Nous ne sommes pas favorables à l'instauration de mesures protectionnistes, surtout à l'égard de nos partenaires européens, pour faire face à notre manque de compétitivité. Et encore moins lorsque le problème n'en est pas résolu pour autant.

En effet les charges sociales sont déjà très réduites sur les bas salaires (allègement de 26% dégressif jusqu'à 1,6 Smic), et l'agriculture emploie beaucoup de salariés à ce niveau. Par ailleurs l'emploi des travailleurs saisonniers bénéficie d'une exonération tout à fait exceptionnelle, qui couvre même les cotisations d'allocations familiales et d'AT/MP, et ce jusqu'à 2,5 smic, et ne s'annule qu'au niveau d'une rémunération mensuelle égale ou supérieure à 3 smic. En outre, les caisses de mutualité sociale agricole se substituent aux employeurs pour ce qui concerne le paiement des cotisations patronales conventionnelles (participation à la formation professionnelle continue, retraite complémentaire, etc.), à l'exception des cotisations d'assurance chômage et de la cotisation AGS qui restent dues par l'employeur.

Dans ces conditions, si le ministre a amplement raison de s'alarmer de la disparition des entreprises agricoles françaises, ce n'est pas le financement de la protection sociale qui paraît devoir être mis en cause dans ce secteur, déjà très privilégié. Comme le soulignent les organisations professionnelles, c'est bien le niveau du Smic qui pose problème. L'Allemagne ne connaît pas de salaire minimum, et le Smic espagnol est à 641 euros pour 40 heures contre 1.365 euros pour 35 heures en France. La différence est donc vertigineuse. C'est à l'uniformité du Smic français, qui est particulièrement désastreuse dans le secteur agricole, qu'il faut s'attaquer.

[1] France Inter le 22 septembre

Commentaires

  • Par p • Posté le 30/09/2011 à 09:01 Même commentaire que sur l'écrasement fiscal des entreprises avec seulement l'extension de l'ignorance du monde politique à la chose économique dans son ensemble
  • Par bertrand • Posté le 30/09/2011 à 08:20 Arrêtons de passer notre temps sur des mesurettes. On ne peut dans une société de loisir tant vantée durant ces derniéres décennies, faire 2500 à 3000 heures par an dans les activités d'élevage pour dégager un smic. Les fils de paysan ne sont pas "balot" au point d'accepter de voir papa,maman,papi et mamie bien que percevant une retraite de misére, travailler pour la croute sous le statut de "l'exploitation familiale". Lorsque l'exploitation sort de ce statut et tente de "coller" au modéle industriel, les couts de production (PINEA) et le prix des produits agricoles ne sont plus à la "hauteur". Une mécanisation outranciére va chasser cette petite paysannerie, l'entreprise agricole deviendra alors une entreprise capitalistique qui se limitera à des formes sociétaires nécessitant des capitaux considérables. 150000 exploitations seront alors suffisantes pour valoriser le territoire agricole cultivable qui a ce jour ce réduit comme une "peau de chagrin"...L'artificialisation des sols agricoles devient inquiétant et nous ne serons plus pour longtemps en solde positif d' exportatation si celà continue
  • Par Sceptique • Posté le 30/09/2011 à 05:40 Il me parait politiquement très difficile de revenir sur le SMIC, même débarrassé de ses charges, comme vous le remarquez. Notre égalitarisme nous a mis dans une fâcheuse situation!

    Je verrais bien un financement des prestations sociales des exploitants de toute la filière "primaire "(agriculture, bois, pêche), par une taxation sur le chiffre d'affaire (fluctuant, donc, en fonction des prix du marché). Quant à la question des travailleurs saisonniers, je ne vois aucune solution durable.
  • Par FG • Posté le 23/09/2011 à 12:43 Bonjour,
    Il est clair que l'établissement d'un salaire minimum en fonction de la branche d'activité comme cela est pratiqué en Allemagne apporterait plus de souplesse à notre économie et en particulier dans le domaine de l'agriculture comme cela a été souligné dans votre article. Mais pour cela il faudrait un dialogue social fort et responsable avec une représentation syndicale forte et unique. C'est le cas de l' Allemagne. En France, on peut toujours rêver....

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