Accroissement des inégalités, la tromperie

23 octobre 2008 • l'équipe de la Fondation iFRAP

La société américaine serait de plus en plus inégalitaire. Un grand thème de campagne est le mantra de l'actuelle campagne américaine. Barrack Obama a ainsi construit sa campagne sur cet argument pour justifier une hausse des impôts en direction des plus gros contribuables gagnant plus de 200.000 dollars par an. Pourtant, l'augmentation supposée des inégalités repose sur des études statistiques truquées.

Les Américains les plus riches (les « top income » dans le jargon économique américain) auraient vu, depuis la fin des années 70, leur revenu progresser beaucoup plus vite que le reste de la population. Selon les chiffres cités, le cinquième des Américains les plus pauvres n'auraient vu leur revenu augmenter que de 9% quand les Américains appartenant au centième le plus riche de la population auraient vu bondir leur revenus de 176% entre les années 1979 et 2004. Pourtant, les données et travaux de recherche sur lesquels s'appuient les conseillers du candidat démocrate comportent des biais faussant l'analyse : la redistribution n'est pas prise en compte. Les chiffres choisis montrent une augmentation des revenus avant impôt. Or, considérer les inégalités avant impôt, ce n'est pas analyser la vérité des revenus.

Le trucage dû au changement de la législation fiscale

Le trucage le plus important a consisté à prendre comme année de référence l'année 1979. Avant cette date, du fait de la législation fiscale, beaucoup de professions libérales déclaraient leurs revenus à travers des sociétés. Immédiatement après, une grande partie de ces revenus ont été déclarés comme revenus de personnes physiques suite à une diminution spectaculaire du taux marginal d'imposition sur le revenu (de 70% à 28%). La part des revenus commerciaux soumis à l'IR est ainsi passée de 11,1 à 21,2% en seulement deux ans. C'est cette hausse artificielle qui est le principal facteur de hausse de l'étude Piketty / Saez.

L'oubli de la redistribution par l'impôt

En effet, contrairement à un mythe bien ancré, le système américain est très redistributif, bien plus que le système français (voir dossier sur les inégalités sur le site de l'iFRAP). Avec les prestations sociales et les crédits d'impôts, les Américains voient leur revenu disponible (ou revenu réel) fortement augmenter. Ainsi, le cinquième le plus pauvre de la population déclare un revenu de 5.208 dollars par an (équivalent à 5.500 euros en termes de pouvoir d'achat), son revenu disponible après transferts sociaux et fiscaux (dont le EITC ou earned income tax credit) atteint 12.329 dollars par an (soit l'équivalent de 13.800 euros), plus de 2 fois plus. Au contraire, les contribuables américains les plus riches voient leur revenu disponible diminuer de près de 45.000 dollars après impôt, passant de 182.000 dollars avant impôt (proche du fameux seuil des 200.000 $ montré du doigt par le candidat Obama) à 137.300 après impôt, pour l'année 2006.

Au final, pas de véritable explosion des plus riches revenus

Une fois que l'on corrige ces deux trucages on s'aperçoit qu'il n'existe pas de véritable explosion des revenus pour les plus riches. En fonction des bases statistiques choisies, des années de références (par exemple la période 2000-2006), des estimations des revenus, on peut observer une croissance d'environ 9% des revenus du centième le plus riche de la population américaine, quand le reste de la population voyait ses revenus augmenter de 9,8 %. On est loin du creusement des inégalités !

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