Les Français, mécontents du système scolaire ?
Le dernier baromètre d’image des services publics en Europe publié hier par l’Institut Paul Delouvrier et BVA montre que 60 % (+ 17 % par rapport à l’an dernier) des sondés pensent que l’État devrait s’occuper en priorité de l’Éducation. C’est une position intéressante de nos concitoyens, d’autant plus que cette enquête tombe en même moment qu’un sondage d’Acteurs publics qui montre qu’une majorité de Français souhaite que les acteurs privés soient davantage impliqués dans la mission d’éducation.
Les Français sont inquiets, à juste titre, de la qualité de l’enseignement qui est délivrée à leurs enfants et, par ricochet, pour leur avenir. La dernière enquête PISA a montré que la France ne progresse pas en la matière. Curieusement, les commentateurs de l’enquête Paul Delouvrier ont conclu de cette préoccupation des Français pour l’Éducation qu’elle provenait de l’inquiétude générée par la RGPP et le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux.
C’est à notre avis une conclusion bien hâtive et cette préoccupation pourrait tout simplement venir du constat (conscient ou inconscient) que l’Éducation nationale, telle qu’elle est gérée aujourd’hui, ne permet pas au commun des élèves de faire fructifier ses talents. C’est bien ce qui est le plus inquiétant dans notre système éducatif : l’enseignement n’est pas tourné vers un débouché pour l’emploi, comme c’est le cas en Allemagne par exemple.
D’ailleurs, lorsque l’on se tourne vers les modèles éducatifs des autres pays européens, on remarque, que la gestion des écoles y est beaucoup plus décentralisée qu’en France. Le rapport du Conseil d’analyse stratégique intitulé « tableau de bord de l’emploi public : Situation de la France et comparaisons internationales » le précisait en ces termes : « les États-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne et les Pays-Bas incarnent le modèle d’une forte décentralisation en termes de recrutement d’enseignants ».
Le recrutement des enseignants est devenu LE sujet des vacances car certains commencent à comprendre que la gestion ultra centralisée de la rue de Grenelle ne permet pas de véritable adaptation de notre système éducatif aux défis du 21ème siècle. Un système qui exigerait plutôt un foisonnement de pistes pédagogiques qu’un dogme monolithique. Un sujet qui commence à monter, notamment du côté du Parlement, très actif sur ces sujets ces derniers temps.
Le Parlement, Sénat et Assemblée nationale, se penche sur l’Éducation. En témoigne actuellement un rapport du député Jacques Groperrin qui propose « à terme, [c’est-à-dire dans 10 ou 15 ans [1], de] remplacer le concours par le master et confier aux autorités académiques ou aux établissements le soin de recruter, sur la base d’un entretien professionnel, les enseignants. » Un rapport aux propositions explosives donc, que l’opposition et une partie des députés de la majorité à l’Assemblée tentent en ce moment de censurer en refusant sa publication. Au Sénat, c’est un rapport du Sénateur Carle sur "l’architecture" du système scolaire qui envisage une plus grande autonomie en réseau des établissements d’un même bassin ainsi que de confier l’évaluation des enseignants aux chefs d’établissements.
Dans le cadre des auditions menées pour ce rapport par le Sénateur Carle, M. Thierry Bossard, chef du service de l’inspection générale de l’administration de l’Éducation nationale et de la recherche (IGAENR), a conclu devant les membres de la mission que « pour passer de résultats faibles à des résultats moyens, la centralisation est efficace, mais que pour passer de résultats moyens ou bons à de très bons résultats, la responsabilisation et l’autonomie des équipes locales sont les bonnes réponses. »
Les sénateurs recommandent aussi d’en finir avec l’affectation des professeurs débutants dans les zones prioritaires et de "stabiliser les équipes pédagogiques". Car, comme le rappelait une ancienne gestionnaire comptable dans un collège [2] : « Comment peut-on expliquer que ce sont à ceux qui sortent seulement du concours et qui n’ont donc pas encore d’expérience que l’on assigne les postes les plus difficiles ? Aurait-on idée de donner à un médecin débutant la responsabilité d’un service de neurochirurgie ? »
L’avenir est-il au recrutement des enseignants par le chef d’établissement ?
« La possibilité pour les directeurs d’établissements de recruter eux-mêmes leurs équipes pédagogiques » comme le propose aussi une convention UMP sur la « justice sociale » est déjà en réalité pratiquée dans l’enseignement privé. Les chefs d’établissement du privé sous contrat pratiquent de véritables entretiens d’embauche, à condition que les candidats aient réussi le concours de professorat de l’éducation nationale, validé par l’enseignement catholique.
Dans le public, une plus grande autonomie de recrutement et de gestion des professeurs est en expérimentation dans une centaine d’établissements scolaires en difficulté avec le programme Clair (collèges et lycées pour l’innovation, l’ambition et la réussite), devenu Eclair (Écoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite). Ce programme concernera plus de 2.200 écoles, collèges et lycées à la rentrée 2011 ( voir la liste). La particularité de ce programme est surtout que « le recrutement des personnels enseignants, d’éducation, administratifs, sociaux et de santé est effectué par le recteur sur proposition des chefs d’établissements ».
Rappelons qu’actuellement, l’affectation d’un professeur du public dépend de son ancienneté, de sa situation familiale ou de son lieu d’habitation plutôt que de son aptitude à enseigner dans des classes difficiles… Après les universités, l’autonomie des établissements scolaires des premier et second degrés pourrait être au cœur du débat de 2012. A juste titre car c’est par un recrutement plus libre des professeurs et une gestion moins centralisée, voire même déléguée, que la qualité de l’Enseignement progressera.
[1] Cf. page 113 du rapport, qui cite le modèle québecquois.
[2] Interview à Liberté Chérie en 2004.
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