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  Société Civile n°30 - Archives - 19 novembre 2003

Une vraie réforme pour l’école : les "chèques-éducation"


En France, l’Education nationale, malgré son budget énorme (120 milliards d’euros et + 4 % pour l’année prochaine), obtient des résultats catastrophiques et fait fuir les élèves vers le privé. Ailleurs, elle se réforme sans augmenter le budget.

Dans un sondage CSA publié début octobre, plus de 51% des parents d’élèves souhaiteraient scolariser leurs enfants dans une Ecole privée. Le chiffre est même plus élevé dans les milieux modestes (53%), ce qui démontre l’image négative qu’a l’enseignement public auprès des Français. Plus précisément, le sondage détaille les raisons de ce choix : "la qualité de l’enseignement" (41%), "la fréquence des grèves dans le public" (34%), "la sécurité de l’enfant" (33%). Le total est supérieur à 100% car deux réponses étaient possibles. Donc, la demande est forte et, malgré les 12.000 enfants de plus dans le privé, de nombreux élèves (environ 40.000) n’ont pas été scolarisés dans l’école de leur choix.

Qu’est-ce que les "vouchers" ?

Le collège unique, la puissance du public et l’absence de réformes font que des milliers de parents sont frustrés et doivent se résigner à ce qu’on leur impose l’école de leurs enfants.. Pourtant, ailleurs, les parents ont le droit de faire un choix. Grâce au système des "vouchers" (bons-éducation ou chèques-éducation), les familles - en particulier, pauvres - ont la possibilité de choisir l’école de l’enfant. La bataille pour cette réforme a commencé au début des années 1990 lorsque, aux Etats-Unis, dans le Wisconsin, on a accordé aux familles des "chèques-éducation" afin qu’ils puissent choisir librement une école.

En quoi consiste ce système ? Il démonopolise l’école, confie aux parents la possibilité "d’investir" dans une école, oblige les écoles à gagner en performance, pousse les enseignants vers l’amélioration de leurs résultats. Et ce sont les enfants des familles "pauvres" qui ont le plus profité de cette réforme car ils ont pu bénéficier de bourses (gouvernementales ou privées) et ainsi éviter les écoles mauvaises et "à risque".

Jusqu’à l’introduction des vouchers - avec des différences d’application d’un Etat à un autre - des dizaines de réformes ont été adoptées, les dépenses pour l’éducation sont aujourd’hui 15 fois plus élevées qu’il y a 50 ans sans pour autant faire baisser l’illettrisme et les mauvais résultats des enfants originaires de familles pauvres. Les écoles, les syndicats d’enseignants n’ont eu de cesse de demander plus de moyens dont l’utilité n’a jamais été démontrée.

Une situation semblable existe en France où, à l’occasion des manifestations et grèves du personnel de l’Education nationale, la seule doléance se résume à "plus d’argent public". Or, la crise de l’Education nationale est profonde et n’est nullement due à un manque de crédits mais à une forte bureaucratie, à l’abandon des techniques pédagogiques au profit de l’idéologie étatiste et la mentalité particulière du corps enseignant, manipulé par les syndicats et incapable d’accepter les changements nécessaires et évidents.

Des succès incontestés dans de nombreux pays

En plus de 10 ans, ces fameux vouchers ont été adoptés par six Etats américains qui ont complètement libéralisé leur système éducatif. Quarante Etats ont mis en place des Chartes scolaires pour donner plus de liberté aux parents dans l’utilisation des bourses et des réductions d’impôts pour faciliter la scolarisation de leurs enfants. Sur ces 40 Etats, 39 ont mis en place des fondations privées qui accordent des bourses aux élèves scolarisés, au choix, dans le privé ou dans le public.

Les statistiques sont très claires : le système des vouchers a largement profité aux écoliers américains, et surtout aux plus pauvres d’entre eux. Ceux qui ont pu être scolarisés dans l’école de leur choix ont obtenu des résultats trois fois meilleurs que les autres et les écoles qui participent au système sont d’une qualité nettement meilleure, justement grâce à l’incitation compétitive engendrée. D’ailleurs, plus de 75% des parents aimeraient profiter des vouchers. De plus ces "chèques éducation" ont déjà percé en Europe. Ils sont bien intégrés en Grande-Bretagne depuis plus de 10 ans, au Danemark, en Suède, en Allemagne, et commencent à se répandre en Italie et en Espagne. Depuis 1996, la Nouvelle-Zélande a introduit les vouchers pour environ 25% des écoles (élémentaires et secondaires). Cinq ans plus tard, 90% des familles interrogées (pour la plupart, avec des revenus inférieurs à la moyenne nationale) se sont déclarées satisfaites du système : leurs enfants avaient sensiblement amélioré leurs connaissances.

Qui plus est, même les pays du tiers-monde (Thaïlande, Colombie, Chili, République Dominicaine, Philippine, Tanzanie) ont choisi la liberté pour l’école (de nombreuses études de la Banque mondiale attestent ce phénomène). L’exemple remarquable de l’Inde mérite une attention particulière car dans ce pays, une grande partie du système éducatif est financée par les entreprises qui s’engagent à former des élèves et, dans les campagnes, 1 école sur 4 est privée. Ce n’est pas par hasard si les Indiens connaissent, malgré leur population importante, l’un des taux les plus bas d’illettrisme du tiers monde et sont considérés comme des informaticiens redoutables demandés sur tous les marchés du monde, en particulier en Californie.

Comment y arriver ? Dénoncer l’hypocrisie des politiques

Les associations ayant mené campagne pour l’adoption des vouchers aux Etats-Unis ont d’abord commencé par révéler l’hypocrisie des membres du Congrès qui, d’une part, scolarisent leurs enfants dans le privé et, d’autre part, s’opposent à l’adoption d’une loi sur la liberté scolaire. Plus de 42 % des membres du Congrès ont scolarisé au moins un de leurs enfants dans une école privée ; parmi eux, nombreux ont été ceux qui ont voté contre les "vouchers". En France, il n’existe pas d’étude similaire car la plupart des responsables politiques refusent de répondre. Par contre, on sait que quelques uns des plus farouches adversaires du privé, comme Ségolène Royal, Martine Aubry, Robert Badinter, Jean-Pierre Chevènement, Pierre Joxe ont mis ou mettent leurs enfants à l’Ecole Alsacienne, d’une grande réputation et où il est pratiquement impossible de s’inscrire pour le commun des mortels. Elisabeth Guigou a préféré mettre son fils dans un établissement privé du VIème arrondissement.

Une étude réalisée par Le Nouvel Observateur (4 septembre 2003) auprès des élus d’Ile-de-France et des maires des communes de plus de 20 000 habitants montre que les responsables politiques savent donner des leçons aux autres sans se les appliquer à eux-mêmes. A la question "Où vont vos enfants ?", 80% des élus ont refusé de répondre et parmi les réponses, certaines nous semblent dignes d’être citées. Plusieurs élus de gauche, militants infatigables pour la défense du service public, ont choisi le privé pour leurs progénitures. Il s’agit de Christophe Girard, adjoint (Vert) au maire de Paris, Tony Dreyfus, député-maire (PS) du 10ème, Lyne Cohen-Solal, adjointe (PS) au maire de Paris, Pénélope Komitès, adjointe (PS) au maire de Paris, Philippe Esnol, maire (PS) de Conflans Sainte-Honorine, Claude Bartolone, ancien ministre (PS). Bravo pour l’exemple !


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