
Les Etats généraux de la restauration ont abouti à la signature d’un contrat d’engagement entre les ministres concernés et les organisations professionnelles impliquées. Ce contrat engage, en réponse à la baisse de la TVA, les organisations à répercuter les effets de cette mesure selon quatre axes :
Une baisse des prix de 11,8 % (baisse de la TVA rapportée aux prix TTC) sur au moins 7 produits « représentatifs » choisis parmi une liste de 10 produits (entrée, plat chaud, plat du jour, dessert, menu entrée-plat, menu plat-dessert, menu enfant, jus de fruits ou soda, eau minérale, café/thé ou infusion).
La création de 40.000 emplois en deux ans, dont 20.000 en alternance ou contrat de professionnalisation, en échange de l’abandon des aides à l’emploi spécifiques au secteur de la restauration et de l’hôtellerie.
La profession s’engage également à ouvrir des négociations avec les syndicats de salariés dans le but d’aboutir à des revalorisations de salaires, ainsi que des améliorations dans les domaines de la protection sociale, de la sécurité et de la santé au travail ainsi que sur la formation.
La poursuite d’investissements de mise aux normes des établissements, avec l’aide d’un fonds de prêt spécifique de 1 milliard d’euros sous la tutelle de l’organisme public Oséo (ex Anvar).
Au 1er juillet, la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) dans la restauration traditionnelle sera passée de 19,6 à 5,5 % à l’exclusion des ventes d’alcool. Cette promesse présidentielle, attendue par les professionnels de la restauration depuis plus de 15 ans, car n’ayant pas les faveurs des services de Bercy, a été rendue possible après d’âpres négociations au niveau européen. Dans un contexte de crise économique, de chômage croissant et de baisse corrélative de pouvoir d’achat pour les Français, les bienfaits supposés de cette baisse de la fiscalité se devaient d’être partagés entre tous, restaurateurs et consommateurs. La négociation entre les syndicats professionnels de la restauration et les pouvoirs publics a abouti à un partage de ce surplus de valeur ajoutée (environ 2 milliards d’euros) entre création d’emplois et augmentation des salaires (volet emploi dont les modalités restent à préciser par la négociation sociale au sein de la branche), rénovation des établissements (volet investissement) et baisse des prix pratiqués (volet pouvoir d’achat). L’arbitrage a été rendu public, dans ses grandes lignes, lors des états généraux de la restauration le 28 avril 2009 (plus de précisions ci-dessus).
Les décisions prises lors des états généraux de la restauration constituent pour le gouvernement un outil essentiel de politique économique : à ce titre elles justifient d’une part - en amont – la réalisation d’études d’impact pour cerner au mieux ce que pourrait être le comportement des acteurs. D’autre part - en aval – elles nécessitent la mise en place de dispositifs de suivi pour mesurer les effets réels dans la durée.
C’est dans ce cadre que trois experts indépendants, Julien Lamon, Maurice Hamon et François Saint-Cast, ont réalisé une étude d’impact sur cette nouvelle niche fiscale dont les principales conclusions sont présentées dans cet article.
L’estimation ex ante des effets économiques et sociaux d’une baisse de la TVA nécessite d’apporter un éclairage sur deux paramètres.
Tout d’abord, il faut estimer le coût « brut » de la mesure, c’est-à-dire la perte exacte de TVA consécutive au passage du taux de 19,6% à 5,5%. La chose est plus difficile qu’elle n’en à l’air, puisque cette baisse de la TVA ne concerne que les établissements assujettis à la TVA et la vente sur place (la vente à emporter est exclue). Elle exclut également les repas d’affaires (facturés hors taxe) et la vente de boissons alcoolisées, non concernées par cette baisse. Deux hypothèses sont retenues concernant le montant de cette marge, l’une à 3 milliards d’euros, correspondant à l’estimation des services de Bercy, l’autre à 2,5 milliards d’euros, qui correspond au chiffrage des économistes de l’UMIH.
Deuxièmement, il convient d’estimer comment les restaurateurs vont utiliser cette augmentation de leur chiffre d’affaires. En effet, si les consommateurs espèrent une baisse des prix, les restaurateurs, eux, doivent prendre en compte d’autres paramètres : L’amélioration des salaires et l’augmentation des embauches est une première nécessité, car il existe plus de postes à fournir que de personnes désireuses de travailler dans le secteur. Devant la croissance des normes sanitaires, des investissements sont également indispensables. Enfin, certains restaurateurs aimeraient sûrement augmenter leurs revenus.
Un questionnaire est donc élaboré afin de mieux cerner les attentes des restaurateurs, leurs besoins d’embauche et la façon dont ils comptent arbitrer la répartition d’une augmentation de leur chiffre d’affaires. Ce questionnaire va être envoyé – de façon anonyme - auprès des adhérents de l’UMIH, indépendants et chaînes de restauration. Le questionnaire permet d’une part de connaître les indicateurs économiques des établissements (taille, localisation, chiffre d’affaires…) et d’autre part demande aux restaurateurs la façon dont ils comptent utiliser le gain de marge supplémentaire que procurerait une baisse de la TVA.
Une fois ce questionnaire analysé, et sur la base d’une estimation du coût brut réel de la mesure, une analyse macro économique de la réduction de TVA est opérée à partir d’un modèle entrée-sortie de type Leontief intégrant les résultats du questionnaire en ce qui concerne l’affectation de la marge liée à la baisse de la TVA. Le modèle utilisé s’inspire du modèle RIMS II utilisé par le Bureau of Economic Analysis aux Etats-Unis. Ce type de modèle permet d’évaluer l’impact d’un changement des conditions économiques d’une branche sur l’ensemble des autres branches. Ceci à travers trois types d’effets :
Effets directs de la mesure sur la branche hôtellerie restauration
Effets indirects et induits : impacts sur la chaîne des fournisseurs de la branche et impacts des consommations finales (consommations des ménages et investissements).
[1] A comparer avec les hypothèses de l’enquête réalisée par sondage : 42 000 à 31 500 pour l’hypothèse basse. Notons également que l’enquête par sondage ne permettait pas la mise en évidence des contrats d’apprentissage, ce que l’utilisation du modèle entrée-sortie permet.
Bien sûr toute baisse de la pression fiscale est bienvenue. Mais voici qu'on baisse la pression fiscale sur un secteur captif sans (...) Lire la suite
Vincent ROBERT - 01/07/09 12:40


