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Le 2 février 2012 par Samuel-Frédéric Servière

Réforme de l’État et des Institutions
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Recension : ’Le citoyen et le système politique’

Recension : 'Le citoyen et le système politique'

Dans son dernier ouvrage, Le citoyen et le système politique, le psychiatre Gilbert Delagrange s’intéresse aux relations qu’entretiennent l’individu et le système politique. Celui-ci n’est pas conçu comme un tout cohérent institutionnalisé, mais comme un ensemble complexe de sphères qui se recoupent et s’entremêlent, contribuant à la structuration de l’homo politicus sur lequel elles exercent nécessairement certaines « influences ». Aussi l’auteur, aidé par sa formation de pédopsychiatre, s’attache-t-il à décrire les effets de différents champs sélectionnés sur l’individu depuis son plus jeune âge en choisissant de retenir un certain nombre de tableaux.

  • Premier tableau : l’horizon socio-historique : l’auteur s’interroge sur une question simple : dans quelle société vivons-nous ? Il y décrit les principales forces qui s’imposent à tout individu : opposition des approches holistes et individualistes, structuration des droits de l’homme, abolition de la peine de mort et triomphe de l’individu.
  • Second tableau : la place de l’enfant, face à la triade : famille, école, justice
  • Troisième tableau : la mise en place du dilemme « schmittien » au cœur du politique avec la relation ami-ennemi replacée dans le contexte de la perception de l’Autre, l’étranger, avec la tension entre immigration/xénophobie-racisme.
  • Quatrième tableau : les « Questions politiques » que l’auteur structure autour de l’opposition des valeurs droite/gauche qui orgnise le jeu politique
  • Enfin cinquième tableau : celui des « emprises » que Gibert Delagrange situe comme des champs transversaux : l’emprise écologique et l’emprise économique.

Ce kaléïdoscope d’expériences sensibles et de références critiques permet à l’auteur de montrer les processus de structuration de l’individu et son rapport à « l’idéologie ». Il est topique par exemple qu’ « alors que la raison appelle des réformes, ce dont la prise de conscience est largement répandue, l’emprise idéologique en empêche la réalisation. » L’emprise idéologique, c’est finalement cette distorsion permanente entre l’égalité et le désir de justice qui vise à stigmatiser la prise de risque et la responsabilité là où précisément elle est la plus nécessaire, et qui in fine dicte les rapports de l’individu au collectif. Ainsi que l’évoque l’auteur en fin d’ouvrage : « La conquête de la liberté de pensée et de l’autonomie de l’individu par rapport aux structures sociales a permis le développement de la démocratie, de la science et du capitalisme, intimement liés. Mais, un paradoxe est apparu : cette puissance de l’individu le laisse isolé et, de ce fait, prêt à adhérer à une idéologie qui lui promet des certitudes, ou du moins sans défense face aux systèmes imposant le politiquement correct. »

Ce danger des sociétés contemporaines développées tentées par une relation à l’État « Big Mother » (Michel Schneider), ne peut en définitive que les placer dans une position frontale par rapport aux nouveaux pays émergents. Ceux-ci en effet ont pleinement intégré la séparation progressive de l’individu face au collectif et le principe de responsabilité jusque dans le développement de politiques efficaces de lutte contre la très grande pauvreté (micro-crédit, incitations plutôt que « tout subventions » (Esther Duflo), légalisation de l’économie informelle (De Soto) etc. En conséquence le devoir de responsabilité impose que le citoyen pleinement conscient de ses devoirs politiques accepte le « risque » dans un univers incertain. Il en va de sa sauvegarde en temps que sujet, mais aussi de sa sécurité économique en acceptant la loi d’airain de la modernité qui le condamne à se réinventer sans cesse. Ce constat se décline sur le plan politique : il faut accepter une certaine flexibilité du marché du travail, encourager la prise d’initiative et de risques financiers afin de lutter contre la désindustrialisation, promouvoir une baisse du coût du travail, lutter contre « l’impôt papier » et pour la réduction raisonnée de la sphère publique… en clair tenter de ne pas sortir de l’emprise économique afin de mieux s’insérer dans la mondialisation. C’est avant tout cela le devoir du citoyen, et la condition sine qua non de l’approfondissement de la démocratie.



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