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Prix des terres agricoles en France

Une idée fausse : "Les terres agricoles sont trop chères en France"

Le 10 novembre 2010 par Philippe François

Le prix excessif des terres est souvent mis en avant par les syndicats agricoles pour justifier les problèmes rencontrés par leurs adhérents. Sauf dans des cas extrêmes (ex : vin de champagne) cet argument ne correspond pas à la réalité. Comme on peut le voir ci-dessous sur le diagramme officiel d’AGRESTE et SAFER, le prix des terres a baissé de moitié en euros constants depuis 1970.

De 1970 à 2010, le PIB français et les revenus des actifs agricoles ayant plus que doublé, les terres agricoles apparaissent 4 à 5 fois moins chères aux acheteurs qu’il y a 40 ans.

Source : Etude du Crédit Agricole

« Le foncier français est de bonne qualité et très peu cher par rapport à ses voisins européens »

D’après Agreste, la part des terres dans les immobilisations des exploitations agricoles continue d’ailleurs de régresser, passant de 34% en 1990 à 24% en 2004. Si 100 hectares de terres agricoles coûtent environ 400.000 euros, l’investissement dans les matériels agricoles, les bâtiments d’exploitation, les équipements (ex : de traite ou de stockage) de plus en plus performants et complexes, dépasse souvent ce montant. Un tracteur neuf sans les nombreux équipements complémentaires indispensables coûte de 30.000 à 100.000 euros.

Valeur des terres labourables et des prairies naturelles Note : les années 2006-2010 ont vu des augmentations et des baisses limitées du prix des terres.

Prix des terres dans différents pays européens
Pologne Suède France Angleterre Espagne Allemagne Italie Belgique Pays-Bas
1.600 2.000 5.500 7.500 8.500 9.000 15.700 16.000 29.200

En € par hectare, source Agreste

Une évidence trompeuse

Pour les responsables politiques, les syndicats agricoles et leur bras armé les SAFER et les commissions de contrôle des structures, ces chiffres confirment la justesse de la politique interventionniste qu’ils ont menée en France dans ce domaine. A première vue, cela semble évident : la rentabilité des exploitations serait encore plus faible si les terres étaient à leur juste prix. Il faut croire que le problème est plus complexe puisqu’aucun autre pays européen n’a mis en place des politiques de contrôle du marché des exploitations agricoles similaires à celles qui existent en France, et c’est justement en France, pays où les terres sont les moins chères, que l’agriculture pose le plus de problèmes.

Ce genre de « retour de bâton » est fréquent en économie où les intentions les meilleures mais "simplettes" se retournent contre les intéressés : blocage de loyers (pénurie de logements), longs congés maternels (pénalisation de carrière des femmes), contrôle des ouvertures de grandes surfaces (inflation), SMIC élevé (chômage). Pour les terres agricoles, on peut penser que le faible prix de la terre en France incite trop de candidats à se lancer dans cette activité avec trop peu d’investissements, donc une trop faible efficacité et une trop faible rentabilité : les terres ne sont pas utilisées de façon économiquement optimale mais de façon électoralement optimale d’un point de vue syndical et politicien.

Une politique pousse au crime

La façon dont le ministère de l’agriculture évalue les résultats de sa politique est d’ailleurs typique de ce travers. Dans le cadre de son programme de qualité, conformément à la réforme de la Loi de Finance (LOLF), le ministère se fixe de nombreux objectifs. Pour l’indicateur 154-4.1, le but est d’augmenter le taux de renouvellement des chefs d’exploitations. C’est un objectif très dangereux qui tend à encourager les Chambres d’Agriculture et les Préfectures à « faire du chiffre » et à pousser de jeunes agriculteurs dans des situations intenables comme ceux qu’on a vu se débattre dans la crise du lait. Le bon indicateur serait « Combien d’exploitations aidées sont rentables 5 ans après le renouvellement du chef d’exploitation ? ».

Objectif : Favoriser l’attractivité des territoires ruraux

Indicateur 154-4.1 : Taux de renouvellement des chefs d’exploitation
Sous-indicateur
(Voir le détail dans la présentation de l’objectif n°4 du programme 154)
Unité Prévision 2010
Nombre d’installations aidées rapportées au nombre de départs % 49

Les victimes collatérales

En plus des jeunes agriculteurs menés dans une impasse, les agriculteurs retraités, principaux propriétaires des terres agricoles sont les autres victimes de cette politique de gribouille : leurs retraites sont faibles et les terres dans lesquelles ils ont investi tout au long de leur carrière ne sont pas valorisées à leur juste prix. Résultat : la collectivité est mise en demeure d’intervenir pour compléter des retraites insuffisantes alors que ces retraités devraient disposer d’un capital qui les mettraient à l’abri du besoin.

Lire aussi notre dossier (octobre 2010) : Les agriculteurs français sont des entrepreneurs



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