L’enseignement français remplit deux missions essentielles que personne ne conteste : il refuse toute grande réforme et demande en permanence de l’argent. On peut dire d’ailleurs que ce sont les seules dont il s’acquitte avec persévérance et application. Pourtant, s’il a besoin de changements en profondeur, ce ne sont pas les fonds qui lui manquent.
Notre système éducatif est le mieux doté en argent public : 110 Mds d’euros, 7% du PIB, soit 1,5% de plus que la moyenne des pays développés. Sur ce budget, environ 63 Mds d’euros (4% du PIB) représentent les dépenses de l’administration centrale, le ministère de l’Education, le reste étant les crédits des autres administrations, des collectivités territoriales, des entreprises (pour la formation) et des ménages (frais de scolarité).
Ces 7% du PIB produisent chaque année 15% d’illettrés, 165 000 jeunes sans aucune formation et 40% d’étudiants qui finissent leur scolarisation sans aucun diplôme. Côté personnel, 32 000 enseignants se retrouvent tous les ans sans cours, ni activités "pédagogiques", ce qui coûte à l’Etat environ 1,5 Md d’euros. Leur métier est déconsidéré et leur nombre n’a cessé d’augmenter : 12% de plus dans le primaire ces 25 dernières années, alors que le nombre d’élèves diminuait de 5%. Et pourtant, les résultats ne se sont pas améliorés, la France est toujours au quatorzième rang des pays membres de l’OCDE.
L’enseignement universitaire ne représente que 1,1% du PIB, alors que le budget du ministère de l’Education est constitué à plus de 90% par des crédits pour le personnel ! Seules, les charges de fonctionnement et d’investissement des collèges et des lycées ont été transférées aux départements et aux régions. Comme le nombre de personnes travaillant à l’Education nationale est d’environ 1.300.000, le coût d’un employé dans l’enseignement français revient à environ… 44.000 euros/an. Etatisée, l’Université française est aussi sous l’emprise de plusieurs syndicats qui ont réussi à la bloquer lors des manifestations contre le CPE du printemps 2006. Pourtant, ces "grévistes" étaient une infime minorité, surtout en début de mouvement : des membres apparentés à un certain nombre de syndicats d’extrême gauche comme la CNT (Confédération nationale du travail), SUD Education (fédération des syndicats SUD, Solidaires, Unitaires, Démocratiques), FSE (Fédération syndicale étudiante). Les durs parmi les plus durs.
Dans le manifeste de la FSE (créée en 2003 !), on peut lire : "Nous sommes un syndicat de lutte. Nous ne reconnaissons comme légitime aucune instance dite représentative et démocratique, qu’elle soit locale ou nationale. Le syndicat est un outil au service de la lutte et doit favoriser son auto-organisation. Lors d’un mouvement étudiant, il doit veiller à la mise en place d’assemblées générales souveraines. En outre, nous devons travailler au service de la lutte en accord avec les principes précédemment évoqués, en combattant pour des coordinations nationales, seules légitimes à représenter les luttes étudiantes". Toutes ces organisations n’ont réussi à mobiliser qu’environ 10% des étudiants inscrits et les "assemblées générales" n’ont jamais dépassé un millier d’étudiants sur 26.000 inscrits. Et ce millier fait partie du pourcentage de 68 % qui rêvent de devenir fonctionnaires (c’est le pourcentage obtenu par un professeur de Paris-Sorbonne à partir des fiches de ses étudiants de première année de Langues étrangères appliquées, l’une des filières les mieux orientées vers… l’entreprise au sein des humanités) [1].
Ce n’est qu’en accordant une vraie autonomie aux Universités et en les incitant à trouver des financements privés qu’on pourra encore les sauver. Il faudra aussi les démarxiser en introduisant plus de concurrence et en les rendant responsables de leurs résultats. Pour ce qui est de l’école, il faut supprimer cette carte scolaire, source d’inégalités sociales redoutables et donner la possibilité aux parents de scolariser leurs enfants dans l’école qu’ils préfèrent. La France est non seulement l’un des seuls pays à rejeter le choix du "chèque éducation", mais aussi celui où l’on n’ose même pas en parler. Aucun des candidats ne propose cette réforme. Pourtant, ce système a fait ses preuves à l’étranger.
En plus de 10 ans, ces fameux vouchers [2] ont été adoptés par six Etats américains qui ont complètement libéralisé leur système éducatif. Quarante Etats ont élaboré des Chartes scolaires pour donner plus de liberté aux parents dans l’utilisation des bourses et institué des réductions d’impôts pour faciliter la scolarisation des enfants. Sur ces 40 Etats, 39 ont mis en place des fondations privées qui accordent des bourses aux élèves scolarisés, au choix, dans le privé ou dans le public. Les statistiques sont très claires : le système des vouchers a largement profité aux écoliers américains, et surtout aux plus pauvres d’entre eux. Ceux qui ont pu être scolarisés dans l’école de leur choix ont obtenu des résultats trois fois meilleurs que les autres et les écoles qui participent au système sont d’une qualité nettement meilleure, justement grâce à l’incitation compétitive engendrée. D’ailleurs, plus de 75% des parents aimeraient profiter des vouchers.
Ces "chèques éducation" sont déjà très présents en Europe. Ils sont bien intégrés en Grande-Bretagne depuis plus de 10 ans, au Danemark, en Suède, en Allemagne, et commencent à se répandre en Italie et en Espagne. Aux Pays-Bas, grâce à la loi scolaire de 1985, tout groupe de parents peut créer une école à condition qu’un nombre suffisant d’enfants soit réunis ; cette législation a favorisé la création d’écoles privées qui scolarisent environ 72% des élèves en faisant de la Hollande le pays européen où prévaut la plus grande diversité de systèmes éducatifs. En Suède, des études publiées en 2005 ont montré que ce système a été largement favorable aux enfants des familles les moins riches dont les résultats se sont significativement améliorés.
Même les pays en voie de développement (Thaïlande, Colombie, Chili, République Dominicaine, Philippines, Tanzanie) ont choisi la liberté pour l’école (de nombreuses études de la Banque mondiale attestent ce phénomène). L’exemple remarquable de l’Inde mérite une attention particulière car dans ce pays, une grande partie du système éducatif est financée par les entreprises qui s’engagent à former des élèves et, dans les campagnes, 1 école sur 4 est privée. Ce n’est pas par hasard si les Indiens connaissent, malgré leur population importante, l’un des taux les plus bas d’illettrisme du tiers monde et sont considérés comme des informaticiens redoutables demandés sur tous les marchés du monde, en particulier en Californie.
1. Un système éducatif sous perfusion
2. Une politique désastreuse de l’emploi
3. Un système de santé étouffé
4. La proposition de loi sur la création d’un organisme de contrôle de la dépense publique


