Démarché par un cabinet de recrutement, le dirigeant d’entreprise qui accepte de démissionner de son poste prestigieux exige des garanties. Pour couvrir le risque de "se retrouver à la rue" si l’entreprise qui l’embauche changeait soudain d’avis, l’intéressé demande à être protégé. L’expérience montre que ce risque est réel. A ces niveaux, les exigences sont fortes et les ego aussi. Des successions qui semblent très bien planifiées donnent régulièrement lieu à de brutales ruptures. Pour les salariés du secteur privé, ces parachutes sont de classiques contrats d’assurance. Les montants, en millions € parfois, peuvent sembler faramineux, ou même être vraiment excessifs, il s’agit pourtant de contrats librement négociés.
"Le fonctionnaire mis en disponibilité sur sa demande dispose en principe d’un droit à réintégration."
Transposons le même cas dans le secteur public : un haut fonctionnaire est convoité suite à la recommandation d’un chasseur de tête. L’intéressé est tenté par ce nouveau poste intéressant et bien payé. Il voudrait bien sauter le pas ; mais pour couvrir le risque de "se retrouver à la rue" si l’entreprise changeait soudain d’avis, il veut des garanties. Jusque là, les deux histoires, la privée et la publique, sont identiques. Elles divergent à ce point précis. Pour le fonctionnaire, ce n’est pas l’entreprise prenante qui souscrit le contrat d’assurance, mais nous tous, les contribuables. L’Etat le met gentiment en disponibilité, avec la garantie de le reprendre si son nouveau poste ne lui plaît pas ou s’il ne convient pas à son nouvel employeur.
En 2003, le Directeur Général des Impôts, premier personnage du Ministère des Finances, ardent apôtre de la réforme auprès des fonctionnaires de son ministère pendant des années, est parti "en disponibilité" dans le privé. Pourquoi n’a-t-il pas démissionné ? Une profonde aversion pour le risque ou un manque de confiance en soi ?
En 2007, après 20 ans passés dans l’Administration puis 7 mois seulement comme Directeur adjoint au Crédit Agricole, ce haut fonctionnaire retourne dans l’administration comme Directeur Général de la Caisse des Dépôts et Consignations.
On a peine à croire qu’un tel système puisse exister, où c’est l’organisme qui va perdre son salarié qui lui offre un matelas douillet où se poser en cas d’échec. Dans les entreprises privées, ce genre "d’aide à la mobilité" est réservée aux salariés que l’employeur souhaite encourager à partir pour des questions de compétence ou de surnombre. Le coût de cette garantie n’est pas négligeable pour l’Etat. Un haut fonctionnaire qui rentre au bercail à 35 ans par exemple sera à la charge de l’Etat pendant 50 ans (30 en activité, 20 en retraite) pour un coût d’une dizaine de millions €. Un montant comparable aux parachutes dorés. Les fonctionnaires qui veulent tenter leur chance dans le secteur privé devraient être tenus de démissionner de la fonction publique. Pour les hauts fonctionnaires, le décider eux-mêmes dès à présent serait une preuve de dignité.
Vous avez raison, il y a beaucoup d'hypocrisie dans le discours de nos politiques qui fustigent les primes de départ et exigent des démissions de patrons (qui se souvient d'un haut fonctionnaire débarqué pour insuffisance de résultat?).
Mais ce système de détachement a un effet pervers de plus :il incite les fonctionnaires à devenir permanents syndicaux, ou politiques; avec pour resultat une proximité anormale entre ces trois mondes.
pierre - 22/10/08 17:39
Pleinement d'accord avec votre indignation relative aux privilèges des fonctionnaires (un de plus...) Mais ce n'est pas une raison suffisante pour ne pas sanctionner un "Patron" défaillant, par exemple, en supprimant automatiquement son parachute. Il est fondamental de soutenir les patrons du privé (pourquoi gagneraient-ils moins qu'une quelconque vedette du football ?). En revanche, à eux de donner l'exemple.
Pepe le Moko - 20/10/08 12:21
Introduire à tous les niveaux de la Fonction Publique des personnes venant du secteur privé (anciens fonctionnaires ou pas) serait très bénéfique. Et que des fonctionnaires aillent faire un tour dans le privé avant de revenir dans le public est très souhaitable. Mais pas grâce à un ticket de retour garanti.
Philippe François (iFRAP) - 15/10/08 10:37
Ne pourrait-on pas se réjouir de la volonté chez certains fonctionnaires de se lancer dans le secteur privé? En effet, un fonctionnaire qui connaît le monde du privé peut apporter, une fois rentré "aux berquailles", les bonnes pratiques et les nouvelles techniques de gestion, et tant d'autres choses... Plus les fonctionnaires seront conscients de la réalité du privé, plus le service public sera en mesure d'évoluer vers plus de qualité à moindre coût.
Un salarié - 15/10/08 10:37
L'iFRAP a fait des propositions pour que le travail du parlement soit plus efficace. Mais en ce qui concerne les indemnités chômage des députés battus, voici très précisément leur système pour qu'on puisse en juger objectivement:
Allocation d'aide au retour à l'emploi
L'allocation d'aide au retour à l'emploi (AARE), est un dispositif spécifique d'assurance chômage à l'instar de ce qui existe pour les salariés du secteur privé, les députés ne relevant pas, en effet, du régime des Assedic.
Ce dispositif d'allocation comporte quatre caractéristiques :
L'allocation est versée aux anciens députés sans emploi et à eux seuls, cela en application des décisions prises en 2003 et précisées en 2007,
L'allocation repose sur le principe de solidarité entre les députés. Le dispositif est financé par une cotisation – 0,5 % de l'indemnité parlementaire de base – prélevée chaque mois à cet effet sur l'indemnité parlementaire des députés en fonction et reversée au Fonds de garantie de ressources des anciens députés.
L'allocation est temporaire et dégressive. L'allocation est versée pendant une durée maximum de 3 ans. Le montant du plafond représente 100 % de l'indemnité parlementaire de base pendant les 6 premiers mois, 70 % pendant le 2ème semestre, 50 % pendant le 3ème semestre, 40 % pendant le 4ème semestre, 30 % pendant le 5ème semestre, puis 20 % pendant le dernier semestre.
L'allocation est différentielle. L'allocation est égale à la différence entre un pourcentage - dégressif dans le temps - de l'indemnité parlementaire et le total des ressources personnelles de l'allocataire. Les indemnités liées à l'exercice de fonctions ou de mandats locaux, comme les autres revenus de quelque nature qu'ils soient, sont ainsi déduits du montant de l'allocation.
Philippe François (iFRAP) - 15/10/08 9:01
Le type même du parachute doré tant dénoncé par notre classe politique est la garantie de revenus accordée aux élus battus. Le signe le plus direct d'un échec est une défaite électorale, et pour le "consoler" de ses déboires l'Etat généreux va continuer à le payer pendant 5 ans. Il faut continuer à dénoncer cet abus, et j'espère que cette pratique disparîitra dans la trappe de la suppression de privilèges indus.
Koerckel - 15/10/08 9:01
Curieusement vs n'avez pas parlé des députés qui grâce à JL DEBRE perçoivent pendant 5 ans au lieu de 6 mois leur traitement s'ils sont battus . Plus curieusement ni Mamère, ni Hollande ni les autres ne se sont élevés contre cela.
max - 15/10/08 8:32



