Dans son récit intitulé Venises (1971), Paul Morand raconte les belles années du début du XXe siècle lorsque « le temps ne valait rien, la richesse était sans cotation, comme le soleil et l’oxygène. Notre monnaie, continue le romancier, gardait son pouvoir d’achat qui n’a baissé qu’à partir de 1918, date où dominèrent dans l’administration les inspecteurs des finances ; elle n’a cessé, depuis lors, par une curieuse coïncidence, de s’amenuiser ». Aujourd’hui, les inspecteurs des finances sont toujours là et personne ne nie qu’il existe un vrai problème de pouvoir d’achat.
Depuis quelques années et la mise en place des 35 heures et de l’euro, les Français sont inquiets et ils ont raison. Cette inquiétude ne devrait pas cacher la réalité de la situation. La stagnation, voire la baisse du pouvoir d’achat, ne concerne que le privé, les employés du public connaissent des hausses annuelles automatiques de leurs salaires ou bien des revalorisations arbitraires suite à des grèves ou à des manifestations. Ensuite, ce n’est pas en distribuant des morceaux de sucre que nos dirigeants pourront remédier à cette situation. Lorsque notre État phagocyte la moitié des richesses créées par le pays, c’est en le réformant qu’on augmentera la part du gâteau réservée aux Français.
C’est en accordant plus de liberté à l’économie, en baissant le nombre de fonctionnaires et les dépenses publiques – comme l’ont fait la plupart des membres de l’OCDE – ou en conférant au Parlement un vrai pouvoir de contrôle et d’évaluation des politiques publiques que l’on pourra rétablir la confiance et tonifier le pouvoir d’achat. Toute autre mesure ne donnera que l’illusion du changement.
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