Accéder aux menus de l’iFRAP
  2 juillet 2009

Mobilité des fonctionnaires :
un pas minuscule, une contestation ridicule


L’Assemblée nationale s’apprête à discuter en lecture unique du projet de loi tendant à améliorer la mobilité des fonctionnaires. Euphémisme pour signifier que l’on tente de remédier à leur quasi-totale immobilité.

Le rapport présenté aux députés dresse le tableau suivant de cette immobilité au sein de la fonction publique, qui montre aussi que ça ne va pas en s’arrangeant [1] :

199620002004
Mise à disposition0,3 %0,3 %0,3 %
Détachement1,6 %2,3 %2,4 %
Position hors cadre0,1 %0,1 %0,1 %
Disponibilité1,9 %1,6 %1,6 %
Congé parental0,4 %0,5 %0,5 %
Total4,2 %4,8 %4,9 %

Une partie du projet de loi tend à améliorer la mobilité lorsque celle-ci est demandée par le fonctionnaire lui-même : dorénavant l’administration d’origine ne pourra plus s’opposer à cette demande.

Cette réforme va de pair avec le problème causé par l’étanchéité des différents corps administratifs et la diminution du nombre ce ces corps. Mais les syndicats partent en guerre contre une modification de la loi dont voici la synthèse : le texte (article 6) envisage désormais le cas d’une « restructuration » conduisant à une suppression de l’emploi occupé par le fonctionnaire, auquel cas celui-ci est « placé en situation de réorientation professionnelle ». L’administration établit alors un « projet personnalisé d’évolution professionnelle », et garantit une formation, un suivi « individualisé et régulier », ainsi qu’un appui dans le cadre de sa réintégration. Si à l’expiration de cette réorientation, le fonctionnaire refuse trois offres d’emploi, il peut être mis en disponibilité.

Cette dernière disposition, avec la référence faite à une possible « restructuration » dans l’administration, met le feu aux poudres. Précisons quand même qu’il faut que les offres soient « fermes et précises », qu’elles correspondent au « grade » et au « projet personnalisé d’évolution professionnelle » de l’intéressé, et qu’elles tiennent compte tant de « sa situation de famille » que de son « lieu de résidence habituel ». Précisons encore que la mise en disponibilité n’est pas un licenciement car à tout moment l’intéressé peut retrouver son statut et son salaire.

Que voilà un grand pas de fait ! On attend avec impatience les nouvelles statistiques qui permettront de mesurer l’amélioration de la mobilité. Et pourtant voici les syndicats rugir à la « casse du service public », et celle du « statut de la fonction publique », et appeler (apparemment en confidence cette fois) à la grève ce jeudi 2 juillet.

La réaction la plus frappante - et la plus parlante -, est l’intervention du député (PS) Bernard Derosier, qui est aussi président du Conseil Supérieur de la Fonction Publique Territoriale (CSFPT) et président du Conseil Général du Nord, lors de la discussion en Commission des lois : « L’article 6 fait partie des dispositions inacceptables du texte. La mobilité, qu’il tend légitimement à encourager, doit profiter aux agents et surtout à la qualité du service rendu. Or, ici, manifestement, elle n’est prise en compte que comme outil de restructuration pour l’État ». Jean-Claude Mailly, interrogé sur France-Inter le 2 juillet, reprend exactement la même argumentation, en pensant condamner définitivement la réforme du seul fait que l’on parle de restructuration de l’Etat.

Donc, pour ces responsables, la mobilité doit profiter d’abord aux agents. D’autre part, restructurer l’Etat, c’est l’opposé de l’amélioration du service rendu, cela ne se discute même pas. Pas une seconde on ne reconnaît que le devoir de l’administration, c’est de s’adapter pour répondre aux exigences du monde moderne. Pas une seconde on ne parle de l’intérêt général. Tout est donc dit dans ces quelques mots désolants qui émanent quand même du président du CSFPT. C’est d’ailleurs le même reproche de « casse du service public » que l’on retrouve par exemple à propos des tentatives de modernisation de La Poste, qui n’a pas su, jusqu’à très récemment, tenir compte du phénomène d’urbanisation pour adapter ses structures d’accueil.

L’immobilisme est donc bien la tare essentielle dont souffre l’administration. Le projet de loi constitue une avancée, mais malheureusement minuscule tant est politiquement redoutable la pression qu’exercent ceux qui sont censés représenter nos 5,2 millions de fonctionnaires. Nous disons bien « censés représenter », car il n’est pas vrai qu’il existe 5,2 millions d’opposants à une politique de modernisation et de mobilité. Pas plus que lorsqu’on remarque que 16 fonctionnaires seulement sur 2,2 millions de la Fonction Publique d’Etat sont licenciés par an pour insuffisance professionnelle, on ne fera croire que l’immense majorité des fonctionnaires ne s’en offusque pas. Ce serait faire injure à ces derniers, et finalement à leur intérêt bien compris. Les Français ne sont pas différents des Italiens, qui ont aboli le statut de la fonction publique et, à en croire les sondages effectués, ne le regrettent absolument pas. A quand une expression de la majorité silencieuse des fonctionnaires français eux-mêmes qui nous fera découvrir que « le roi est nu » ? A quand une nuit du 4 août pour abroger le statut de la fonction publique ?


Sur les mêmes sujets :

[1] Dans le même ordre de considérations sur l’immobilité, on peut rapprocher cette statistique du nombre de fonctionnaires licenciés chaque année pour insuffisance professionnelle : 16 personnes sur un total de 2,2 millions de fonctionnaires de la Fonction Publique d’Etat, et encore après deux ou trois ans de procédure. Une seule personne sur 137.500 serait donc professionnellement insuffisante…

Vos meilleures réactions :

Re: suite

D'abord merci de ne pas tout mélanger. La loi sur la mobilité des fonctionnaires, dont nous parlons, est applicable en cas  (...) Lire la suite

Bertrand Nouel (iFRAP) - 02/02/10 20:40

suite

Vous n'avez rien compris. La raison d'être des fonctionnaires n'est pas de s'opposer à la volonté des  (...) Lire la suite

Thibaut CANUTI - 02/02/10 20:40

EVOLUTION ou REVOLUTION

COMMENTAIRE (02E001A). MOBILITÉ FORCÉE OU MOBILITÉ CHOISIE ? Seuls, l’emploi et le travail peuvent garantir aux Français,  (...) Lire la suite

ALIMAS - 14/07/09 2:37

Re: loi de mobilité

La situation que vous approuvez est bien celle dont la France peut mourir ! Vous faites allusion à une époque bien ancienne, et  (...) Lire la suite

Bertrand Nouel (iFRAP) - 08/07/09 10:18

loi de mobilité

En effet, l'ensemble des fonctionnaires est loin d'être hostile à une réforme de l'administration d'État.  (...) Lire la suite

Thibaut CANUTI - 08/07/09 10:18

J'ai été très mobile

Bonjour, J'ai été un fonctionnaire très mobile. Mal m'en a pris, les commissions d'avancement où  (...) Lire la suite

Raymond_GIMILIO - 04/07/09 14:51

Témoignage d'un cadre d'une administration de l'Etat

Je fais partie des fonctionnaires qui partagent globalement votre analyse, sans savoir s'ils sont majoritaires. Mais comment pourraient-ils  (...) Lire la suite

thormades - 03/07/09 22:32

qualité du service ?

Il serait intéressant que le député PS cité explique en quoi la création "d'un outil de restructuration  (...) Lire la suite

MP - 02/07/09 23:12

la mobilité

Il serait souhaitable de rappeler aux inconditionnels de l'immobilisme que la "mutabilité" est une des conditions légales  (...) Lire la suite

violette14 - 02/07/09 19:06

Interventions
Nos interventions >
Nos colloques
Les colloques
de l'iFRAP
Nos publications
Nos publications
Fondation iFRAP - Institut Français pour la Recherche sur les Administrations Publiques Reconnue d'utilité publique, la Fondation iFRAP analyse depuis 1985 l'efficacité des
politiques publiques et des administrations afin de proposer des réformes concrètes