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Les manuels d’économie en terminale :
Le programme d’Attac

En février 2004 par Alain Mathieu

Les manuels [1] poursuivent l’objectif affiché par les programmes : un lavage de cerveau contre l’économie d’entreprise et en faveur de l’étatisme.

Les programmes d’enseignement sont, dans chaque matière, définis pour la France entière. Après approbation par le Comité National des Programmes, qui fut présidé pendant de nombreuses années par Luc Ferry, ils sont publiés au Bulletin Officiel de l’Education Nationale. C’est ainsi que les programmes obligatoires d’économie en Première, pour la série Sciences Economiques et Sociales, ont été publiés au BO du 12/7/2001, et ceux de Terminale au BO du 3/10/2002.

Des programmes inspirés du marxisme

Ces programmes sont fort détaillés, et fournissent aux professeurs, comme aux rédacteurs des manuels, des indications très précises non seulement sur les sujets à traiter, mais aussi sur la façon de les traiter. Par exemple, pour le programme de Terminale :
"On soulignera que les mécanismes de marché peuvent se révéler défaillants, auquel cas la demande ne suit pas l’offre et le chômage se développe… On pourra montrer que la flexibilité (du travail) devient défavorable (à l’emploi) quand elle conduit à une amplification des inégalités… On discutera de la qualification des mouvements sociaux, (qui sont en) opposition à une situation dominante… En prenant un exemple dans le contexte européen - celui de la politique de protection sociale - on soulignera la nécessité de l’action publique pour maintenir et accroître la cohésion sociale… La permanence de la précarité de l’emploi, le maintien voire l’augmentation des inégalités de revenu ont conduit au retour de l’analyse (marxiste) en termes de classes sociales". Bref une orientation marxiste est imposée aux professeurs comme aux rédacteurs des manuels.

D’ailleurs, 20 semaines de l’enseignement sur 28 doivent être consacrées aux sujets suivants : "stratification sociale et inégalités ; conflits et mobilisation sociale ; intégration et solidarité ; internationalisation des échanges et mondialisation ; intégration européenne et politiques économiques et sociales", et, sur ces derniers sujets, "on s’interrogera sur les effets contrastés que l’internationalisation des échanges peut avoir sur les inégalités et avantages sociaux".

Le programme de Première est tout aussi clair : "Adapter une conception réaliste des classes sociales, dans laquelle les conflits jouent un rôle central… On montrera que le marché peut être défaillant parce qu’il ne permet pas la production de certains biens ou services. 8 … On sensibilisera les élèves au caractère très restrictif des conditions de fonctionnement de la concurrence pure et parfaite… On mettra en évidence l’existence des biens collectifs que le marché ne prend pas spontanément en compte… L’enseignement s’appuiera sur la comptabilité nationale comme outil d’analyse et de représentation du fonctionnement de l’économie". Au sujet de "la concurrence pure et parfaite, le professeur se limitera à une présentation rapide de la formation de l’équilibre sur un marché de concurrence".

Le programme d’initiation, en Seconde, n’est pas moins net : "dans le souci de ne pas alourdir le programme, l’épargne et le profit ne feront pas l’objet de développements particuliers… On soulignera les inégalités de revenus primaires pour introduire la notion de système redistributif", etc.

L’orientation de l’enseignement est donc bien définie : il s’agit d’enseigner aux élèves le marxisme, ou plus exactement sa version la plus récente, l’alter mondialisme, tel que le promeut l’association Attac : à l’exploitation de la classe prolétaire par la bourgeoisie capitaliste s’est ajoutée l’exploitation du tiers monde par les multinationales ; la mondialisation libérale est la cause unique de toutes les misères ; il faut réglementer davantage, augmenter les impôts et en créer de nouveaux ; les conflits sociaux sont bénéfiques, etc.

Des manuels "alter-mondialistes"

Dès lors il ne faut pas s’étonner que les manuels entonnent la même chanson. Ainsi, le manuel Nathan explique la croissance économique par l’augmentation du capital investi et la quantité de travail - ce qui n’est pas original - et par le progrès technique, qui lui-même "trouve son origine dans la recherche-développement", mise en œuvre par l’Etat et les grandes entreprises. Il est donc indispensable d’accroître les crédits à la recherche publique. Les élèves ignoreront tout de la réalité en matière d’innovations économiques et de création d’entreprises, du rôle des PME, du remplacement de formes anciennes de produits, commerces ou services, par des nouveaux. Ils ignoreront par exemple les innovations, qui ne doivent rien à la recherche scientifique, apportées par Carrefour, Adecco, Sodexho ou Accor, quatre entreprises françaises numéros un mondiales dans leur secteur. Le progrès économique n’est pas dû aux entrepreneurs, il vient de l’Etat. Bien entendu, le manuel ignore les enquêtes du GEM (global entrepreneurship monitor - étude mondiale de la création d’entreprise, faite par deux universités).

De toutes façons, hormis 19 pages de critiques sur l’action des multinationales, le rôle de l’entreprise est ignoré. La vie de celle-ci est méconnue : pas un mot sur la comptabilité d’entreprise, la bourse, les actions et les obligations, le marketing et la publicité, les comités d’entreprise, l’intéressement des salariés, les conseils d’administration, les faillites. Pas un mot sur la loi de l’offre et de la demande, sur l’optimum économique (qui montre pourquoi les investissements sont mieux choisis dans l’économie de marché que par un Commissariat au plan). En revanche les élèves ne devront rien ignorer de la définition de l’habitus par Bourdieu, et ils doivent savoir que la taxe Tobin est une "bonne politique". Les citations les plus fréquentes sont celles de revues alter mondialistes, comme Alternatives Economiques.

Les économistes les plus cités sont Marx et Keynes, les Français libéraux sont totalement ignorés, comme Bastiat, qui a pourtant inspiré Ronald Reagan, ou comme nos deux prix Nobel d’économie, Gérard Debreu et Maurice Allais. Il est vrai que Gérard Debreu a fait sa carrière aux Etats-Unis, après un passage au CNRS, qui, d’après sa notice autobiographique pour le prix Nobel, "montra une tolérance impressionnante à l’absence de résultats tangibles".

Comme le veulent les alter mondialistes, il faut passer sous silence l’expérience communiste. Donc pas une ligne sur l’économie soviétique et les raisons de son échec. Hayek, qui a le premier expliqué les causes de cet échec, n’est pas cité.

En revanche, le manuel Nathan ne cache pas son antiaméricanisme : "une tendance inquiétante au délitement des liens sociaux est à l’œuvre, particulièrement aux Etats-Unis : moindre communication et moindre solidarité à l’intérieur des communautés, accroissement des distances entre groupes sociaux". Et ceci s’explique par le fait que "les inégalités peuvent produire envie et frustrations". Bref si l’on ne parle plus du paradis soviétique, on parle toujours de l ’enfer américain.

Ce manuel prône le protectionnisme d’une façon bien peu scientifique : "les gains dus au libre-échange ne suffisent pas à garantir la croissance à long terme du niveau de vie d’un pays. Ceci peut constituer la justification de politiques de commerce extérieur volontaristes ou simplement correctrices".

En définitive, les manuels correspondent exactement à l’objectif affiché par les programmes : un lavage de cerveau contre l’économie libérale, et en faveur de l’étatisme. Les finalités de l’enseignement des sciences économiques et sociales ont d’ailleurs été définies dans le Bulletin officiel de l’Education Nationale du 3/10/02 : "concourir à la formation du citoyen et préparer les élèves à la poursuite d’études supérieures", mais en aucun cas préparer les élèves à une activité en entreprise. Il faut former de bons militants pour Attac, et non des cadres pour les entreprises. Les moyens sont bien en place pour que ce but soit atteint.



[1] Nathan 2003, Collection C.D Echaudemaison et Sciences économiques et sociales terminales ES obligatoire.



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