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Société Civile n°82 - 5 septembre 2008

Jacques Marseille

« Le principal défaut de l'administration est sa non-gestion »


« Le principal défaut de l\'administration est sa non-gestion »

Jacques Marseille est professeur à l’université de Paris 1- Panthéon- Sorbonne. Agrégé d’histoire, docteur d’État et auteur notamment de « La guerre des deux France, celle qui avance et celle qui freine » (Plon, 2004) et de « Les bons chiffres pour ne pas voter nul en 2007 » (Perrin, 2007).

AVM : "Quelle est, selon vous, la principale qualité de l’administration française ?"

Jacques Marseille : Il me semble que la principale qualité de l’administration est l’honnêteté de ceux qui y travaillent. Ce sont, dans l’ensemble, des gens honnêtes, imprégnés de l’intérêt général.

AVM : "Quel est, selon vous, le principal défaut de l’administration française ?"

Jacques Marseille : Le principal défaut de l’administration, ce ne sont pas les fonctionnaires, mais le système lui-même avec sa non-gestion, sa non-valorisation des personnels. Cette non-gestion génère une sorte de lassitude généralisée. Je le vois notamment au niveau du monde enseignant. Quand le ministre Claude Allègre emploie le mot « mammouth », c’est vraiment le bon mais ce n’est pas les gens qui sont le « mammouth », c’est le système qui l’est.

AVM : "Quelle serait, selon vous, la grande réforme à mener en France ?"

Jacques Marseille : La grande réforme, la première à mener en France, est celle du système éducatif. En commençant par supprimer le bac et en essayant de convaincre les parents - ce serait une révolution ! - que l’enseignement professionnel a autant de valeur que l’enseignement général. Notre système éducatif a à déplorer que 140 000 jeunes sortent tous les ans de leur cursus universitaire sans rien. La France recrute ses élites comme le ferait un pays de 6 millions d’habitants et 140 000 jeunes n’ont rien à la sortie. C’est horrible.

AVM : "Quelles administrations pourraient être, selon vous, supprimées en France ?"

Jacques Marseille : Si l’on voulait supprimer des administrations, je plaiderais en priorité pour la suppression du secrétariat d’État aux Anciens Combattants, ainsi que le ministère de l’Agriculture. Nous avons aujourd’hui trop de secrétariats d’État et, d’une façon plus générale, notre État souffre de trop de dilution des responsabilités au niveau national et même territorial. Cette dilution est très mauvaise pour les réformes.

AVM : "Quels sont les atouts de la France dans la mondialisation ?"

Jacques Marseille : Les atouts de la France dans la mondialisation sont nombreux. D’abord la « marque » France est un atout en soi. Avec son histoire, son authenticité, la France attire. La géographie de notre pays est exceptionnelle. Notre pays est la première destination mondiale. Nombre de nos PME sont numéro un mondial sans qu’on le sache. Bref, nous avons plein d’atouts que nous n’exploitons pas assez.

AVM : "Quelle devise pourrait redonner confiance aux jeunes entrepreneurs de notre pays ?"

Jacques Marseille : « Aimons-nous nous-mêmes. »

Agnès Verdier-Molinié 

Vos meilleures réactions :

Accord

Une fois de plus, j'apprécie la qualité de vos interventions, leur pertinence et leur condensé: j'en parlais hier avec des amis, et c'était, en plus de l'excellence de l'analyse, la brièveté et la synthèse de celle-ci qui nous séduisait. Un tout petit bémol: je ne suis pas agriculteur, mais je trouve bien méchant de supprimer ce ministère, qui n'est plus qu'un secrétariat d'Etat, pour un acteur certes aujourd'hui peu important en nombre, mais qui a fait la fortune de la France, et reste, on vient de le voir selon les bonnes ou moins bonnes récoltes, un atout pour notre Pays. Quitte à regrouper avec la pêche, le commerce, l'artisanat ou autre activité, on doit maintenir ce secteur un, et qu'il reste visible et encouragé. Si quelque chose est à supprimer en priorité, c'est l'ENA!! le commissariat au plan, toute sortes de comités et autres commissions, l'INSEE, le ministère de la (sous)culture, les syndicats cats cats, des tas de hauts fonctionnaires, les préfets, les trésoriers payeurs généreaux, les receveurs des hypothèques, le premier ministre, et surtout, le Sénat!! C'est de circonstance, avec les élections et l'augmentation des effectifs: ça ne sert à rien!! Témoin le livre qui vient de sortir sur les super-privilégiés de la République... Les pistes ne manquent pas, ce qui manque c'est la volonté. "Tout le monde savait que c'était impossible. il est venu un imbécile qui ne le savait pas. Et qu'il l'a fait..! " Marcel Pagnol Amitiés C.B.

BOUHIER - 22/09/08 23:29

une bonne devise :

Mr Marseille, voici une bonne devise :
" PRODUIRE C'EST PAS SOUFFRIR, C'EST SOURIRE !!!! "
Journalistes, gauche, syndicats de l'éducation et monde de la santé crient depuis 30 ans : "plus jamais germinal", et font croire aux Français que produire = souffrir !!!!!
Vous n'avez qu'à regarder la tête des jeunes qui sont obligés de prendre un patit boulot : on dirait que la malédiction leur est tombée dessus !!! Ils portent tous les malheurs de la société !!!!

jcdavid - 10/09/08 11:56

Qualité de l'administration ???

Je ne suis pas d'accord avec Jacques Marseille : l'administration française n'a guère plus le sens de l'intérêt général que celle de l'Afghanistan. Elle travaille principalement à accroître son domaine de compétence d'une part, et ses privilèges d'autre part. 1°) Elle crée en permanence un maquis de réglementations qui privent les citoyens de leurs libertés. Seuls ses membres comprennent comment s'y retrouver. Elle devient alors tutrice de la société civile. 2°) Les "syndicalistes" dirigent de fait les administrations et les carrières grâce au paritarisme. Ils sont même devenus les portes-parole des ministères pour annoncer et commenter l'actualité. Ils dirigent les flux budgétaires dans la poche de leurs membres - officiellement par les salaires, officieusement par toutes sortes de subventions. CQFD. Libéralement vôtre ! Adalbert.

Adalbert - 09/09/08 11:15

la non gestion de l'Administration française

En ce qui concerne l'Education nationale il faut: 1/- Casser cette Administration qui comporte plus d'1 million de salariés en sous-ensembles humainement gérables. Par exemple en créant des Educations régionales. Le rôle de l'Education nationale se bornerait à établir des normes générales pour assurer une certaine coordination et à vérifier le respect de ces normes 2/- Instaurer une concurrence loyale avec l'enseignement libre en mettant en place le chèque scolaire et en autorisant la création d'Universités libres.

phildab - 08/09/08 23:55

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