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Thierry Wolton - Buchet et Chastel

La mafia, le KGB et Poutine

Le KGB au pouvoir, le système Poutine

En février 2008 par Nicolas Lecaussin

À travers une enquête d’une implacable précision (La mafia, le KGB et Poutine, Buchet et Chastel, 2008), Thierry Wolton démonte les mécanismes du pouvoir russe.

L’auteur du KGB en France (1986) – énorme succès de librairie –, des Visiteurs de l’ombre (1990), du Grand recrutement (1993) et de La France sous influence (1997) revient à ses amours anciennes : le KGB. Mais cette fois-ci, il n’enquête pas sur les réseaux des services secrets en France, il enquête sur ses pouvoirs en Russie. Car les faits le montrent clairement : ce sont les héritiers directs du KGB, le FSB, qui dirigent la Russie aujourd’hui.

Poutine est un produit de la Loubianka et le successeur désigné de Boris Eltsine. Entré au KGB très jeune (son père fit partie des commandos du NKVD – l’ancêtre du KGB – et son grand-père fut même cuisinier chez Lénine et Staline, ce qui en dit long sur la confiance accordée à la famille), Poutine gravit les échelons assez rapidement même s’il n’arrive pas à obtenir les postes qu’il souhaitait. Il se retrouve en 1985 en Allemagne de l’Est dans une base secondaire. Après la chute du Mur, il rentre en Russie et devient vice-recteur de l’université de Leningrad où il doit surveiller le monde intellectuel. Ensuite, les activités de Poutine ne sont pas très claires. En tout cas, il se livre à des activités commerciales entre 1991 et 1996, devient l’homme de confiance du maire de Saint-Pétersbourg et de plusieurs hommes forts du Kremlin. Il est présenté à Eltsine et, après une campagne électorale douteuse, il se retrouve parachuté au poste de Premier ministre en 1999. Malgré de nombreuses révélations, son ascension reste encore très mystérieuse.

Au début de la campagne électorale, il était à moins de 2 % dans les intentions de vote. Des attentats ensanglantent la Russie, un commando tchétchène proclame au Daghestan une république islamique, les troupes russes chassent les rebelles, d’autres attentats ont lieu en Russie et même à Moscou et voilà Poutine dépassant les 50 % des intentions de vote en seulement deux mois. Thierry Wolton montre très bien comment ces événements tragiques ont été instrumentalisés dans l’unique but de la prise du pouvoir par un homme qui s’est déclaré comme « le sauveur de la nation russe ». Qui plus est, durant son règne et avant des élections importantes, d’autres attentats ont eu lieu en Russie et pour certains, les causes ne sont toujours pas connues… En donnant des exemples concrets et en décrivant en détail les ramifications du pouvoir au Kremlin, l’auteur fait un tableau saisissant de ceux qui dirigent réellement la Russie.

Autour de Poutine, il y a les oligarques, les nouveaux mafieux, les officiers du FSB, les apparatchiks. Tous, main dans la main, détiennent les entreprises, les médias, l’armée et le Parlement. Toutefois, écrit Wolton, les liens entre le pouvoir, le crime organisé et les services secrets ne sont pas, comme veulent le faire croire certains chercheurs, les conséquences de « l’ultralibéralisme » des années 1990. Cette connivence existait bien avant : « Le compagnonnage du communisme et de la pègre est une vieille histoire qui date d’avant la Révolution d’octobre 1917 du temps où le parti bolchevique utilisait des gangsters et leurs méthodes pour se financer (pillage de banques, extorsion de fonds…). L’organisation du Parti copia d’ailleurs celle des groupes criminels ; Lénine estimait que c’était là le meilleur moyen d’éviter une infiltration de la police. Plus tard, Felix Dzerjinski, le créateur de la Tcheka, la première police secrète du régime communiste, recruta ses cadres parmi les criminels qu’il avait côtoyés dans les prisons tsaristes. Le PC, quant à lui, s’est toujours bien entendu avec la mafia, ou plutôt les mafias, le phénomène ayant proliféré dans les républiques de l’Union comme dans les pays frères. Les responsables communistes, à tous les niveaux, ont toujours protégé les activités économiques clandestines dont ils profitaient largement, soit en y prélevant leur dîme, soit en fermant les yeux au sujet des pots-de-vin. L’économie parallèle, aux mains des mafiosi, était au fond la seule qui fonctionnait dans l’Empire soviétique, générant des profits qui alimentaient la corruption au sein de l’État-parti. » Thierry Wolton fait dans ses essais le travail que nos historiens empêtrés dans leur idéologie gauchisante n’ont jamais fait : enquêter, vérifier les sources, comparer, révéler. Son essai sur la Russie de Poutine vaut plus que tous les livres d’histoire consacrés à ce régime autocratique.



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