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30 mai 2008

Thierry Saussez

« La grande réforme à mener en France est celle du statut de la fonction publique »



Thierry Saussez a 59 ans et travaille dans la communication depuis trente ans. Fondateur et dirigeant de l’agence Image & Stratégie Europe (18 salariés), il est l’un des leaders de la communication publique et institutionnelle en France. Il est aussi l’auteur de huit livres sur la communication, dont certains sont considérés comme des ouvrages de référence, notamment « Politique Séduction » (Éditions Lattès). Il a publié chez Plon, en janvier 2007, son neuvième ouvrage cosigné avec Jacques Séguéla : « La prise de l’Élysée ».

Agnès Verdier-Molinié : Quelle est, selon vous, la principale qualité de l’Administration française ?

Thierry Saussez : La principale qualité de l’Administration est sa rigueur et la formation de ses cadres.

Quel est, selon vous, le principal défaut de l’administration française ?

TS : Son principal défaut est l’insuffisance de la culture du résultat qui s’impose au privé et doit s’étendre au public.

Quelle serait, selon vous, la grande réforme à mener en France ?

TS : La grande réforme à mener en France est celle du statut de la fonction publique, trop de féodalités, de centralisme, d’uniformisation.

Quelles administrations pourraient être, selon vous, supprimées en France ?

TS : Avant de parler de suppression ou d’envisager une opération chirurgicale improbable dans les échelons territoriaux, il faut auditer et mettre au grand jour la pléthore de structures qui empilent des charges pour rendre les mêmes services.

Quels sont les atouts de la France dans la mondialisation ?

TS : Sa puissance sur le terrain politique et celui des idées, ses territoires ancrés dans des traditions culturelles qui sont autant de vecteurs économiques.

Quelle devise pourrait redonner confiance aux jeunes entrepreneurs de notre pays ?

TS : « Les raisonnables ont duré, les passionnés ont vécu ». Chamfort.

Agnès Verdier-Molinié


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Fonction publique

La fonction publique est en France une gigantesque forteresse dont le donjon est le ministère des Finances avec 210 000 fonctionnaires. En réalité, chaque ministère est administré depuis Bercy par un administrateur que l’on ne connaît pas qui est le véritable patron du ministère qu’il a à surveiller, sans parler des contrôleurs financiers. Dans cette forteresse, le fonctionnaire le plus important est le directeur général des impôts qui peut ruiner une entreprise ou un particulier, si bon lui semble. Il a sous ses ordres, pour surveiller et taxer l’activité et les biens de chacun, quelque 100 000 fonctionnaires, contrôleurs et inspecteurs, qui, jusqu’à ce jour, se réjouissaient, entre autres divertissements, des nombreuses lettres anonymes de dénonciation que le citoyen expédie pour nuire à un autre citoyen.

C’est ce qu’on appelle la solidarité citoyenne et républicaine. Toujours est-il que la collecte des impôts en France est la plus onéreuse de tous les pays organisés avec deux codes des Impôts qui sont de véritables Larousse. Le Code Général des Impôts compte plus de 2 000 articles !

Ce monstre administratif et souvent répressif, qui compte au total 5 971 000 fonctionnaires, comprend trois parties :

1) la fonction publique d’État. La plus nombreuse avec 51 % de tous les fonctionnaires français dont près de la moitié sont à l’Éducation nationale la partie la plus visible du monstre : 1 470 000 fonctionnaires dont 884 000 enseignants qui trouvent le moyen de laisser, chaque année, sur le trottoir, quelque 300 000 gamins – 40 % des élèves du primaire – en majorité des immigrés, sortant de l’école quasiment illettrés, plus 17 % d’étudiants sans aucun diplôme après plusieurs années de faculté. Pour les bandes armées des banlieues, il n’y a pas de problème de recrutement…

2) La fonction publique territoriale payée par les impôts locaux.

3) La fonction publique hospitalière payée par la Sécurité sociale.

Ces trois fonctions publiques – 25 % de la population active française – coûtent aux contribuables plus de 50 % des prélèvements obligatoires – un record mondial.

Ce n’est pas tout. Il existe une quatrième fonction publique déguisée. Ce sont les syndicats. On croit communément que les syndicats sont là pour contrer les administrations en faveur du bon peuple. Pas du tout. Les syndicats en France sont encore une autre et puissante administration d’État, subventionnés par l’État (le contribuable) et bénéficiant du détachement de milliers de fonctionnaires, y compris de la catégorie A, payés, bien sûr, par l’administration (avancement garanti). Il est bien connu par exemple que le ministère de l’Éducation nationale est dirigé par les syndicats. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il en est un peu de même dans la police et – c’est un comble – dans la magistrature. Je rappelle pour mémoire que ces syndicats sont politiques et que le plus important d’entre eux est la CGT communiste. Ce sont des Soviets.

La France est donc pour l’essentiel le résultat de l’addition d’une administration napoléonienne archaïque et d’une administration du type soviétique régie par 520 000 textes officiels dont 50 codes qui constituent un fatras indescriptible et souvent incohérent.
On comprend donc que depuis des années, nos beaux parleurs politiciens assurent au plus haut niveau qu’il faut diminuer les effectifs du monstre. En fait de diminution, voici ce qu’il en est : Fonction publique d’État : entre 1984 et 2005, ses effectifs ont augmenté de 11,6 %. Fonction publique territoriale : entre 1984 et 2005, ses effectifs ont augmenté de 42,6 %. Fonction publique hospitalière : entre 1984 et 2005, ses effectifs ont augmenté de 29,1 %.

On nous raconte maintenant que cette année, ça y est, on va dégraisser le monstre de 22 800 fonctionnaires. Ce qui, à ce rythme, permettra d’avoir une fonction publique « normale » en 132 ans, sauf erreur ou omission de ma part. Thierry Desjardins, ancien rédacteur en chef du « Figaro », lui, avait trouvé mieux. En se basant sur les promesses chiraquiennes du budget 2003, on devait parvenir à un chiffre « normal » en 1 530 ans, ce qui nous reportait en l’an de grâce 3 534.

Bref, la France subit une administration nationale, régionale, départementale, communale, intercommunale, plus l’administration de Bruxelles avec les impôts correspondants, ce qui a fait dire à un bon observateur : « l’agriculture en France est très productive, on y plante des fonctionnaires et on récolte des impôts ».

Voilà une petite partie de la réalité française. Quand on la connaît, on a envie de dire à tous nos Présidents, et autres discoureurs : « Écoutez Messieurs, arrêtez donc de vous f… du monde ».
chris - 09/06/08 11:41

Résultats et communication

Les pouvoirs publics français assimilent systématiquement les « petits pas » à la sagesse. Pourtant, comme le rappelait un récent colloque de l’Institut Montaigne, « Frédéric Bastiat expliquait, il y a 150 ans, que lorsqu’on doit couper la queue du chien, il est beaucoup moins cruel de la couper d’un coup que tranche par tranche ». Lors de ce colloque intitulé « Entre trop vite et trop lentement … Le temps de la réforme », on put assister à une divergence d’opinions saisissante : d’un côté, la plupart des interventions, et particulièrement celles qui s’appuyaient sur l’expérience de pays étrangers ayant réussi à ramener leurs finances publiques à l’équilibre, expliquaient que dans bien des cas il fallait manier la hache, trancher dans le vif, effectuer un changement de direction rapide, clair et net ; de l’autre, la conférence de clôture, prononcée par un éminent conseiller social du président de la République, essayait de justifier le choix français de s’attaquer à tous les problèmes à la fois dans l’espoir de progresser au moins un peu sur quelques fronts. Maniant la métaphore militaire, cet homme d’expérience expliquait qu’en répartissant les troupes sur l’ensemble du champ de bataille, il y aurait bien un certain nombre de secteurs où, rencontrant une moindre résistance, elles parviendraient à faire reculer les forces adverses.

Pour qui a lu Vers l’armée de métier ou d’autres travaux rédigés entre les deux guerres par le jeune colonel Charles de Gaulle, quelle tragique absence d’esprit stratégique ! À nouveau, nos gouvernants semblent incapables de comprendre qu’on ne gagne pas une guerre — si ce n’est au terme d’une effroyable boucherie, comme en 1914-1918 — en grignotant laborieusement des miettes de territoire, mais en fonçant avec un maximum de puissance et de vélocité sur un nombre restreint d’objectifs névralgiques.

Parmi ces objectifs névralgiques la culture du résultat- celui dont a vraiment besoin le public et non celui que des technocrates ont décidé pour lui, constitue un enjeu bien identifié par la RGPP.
Or pour ne prendre que le cas du ministère de la santé, les indicateurs de résultat sont fondés sur une évaluation des moyens employés pour atteindre le résultat mais non sur l’évaluation du résultat lui même..

Exemple : Veut on évaluer le niveau de sécurité sanitaire du pays ?
On dispose de tout une batterie de statistiques sur le % de plans qui ont fait l’objet d’un arrêté, du % de médecins de toute sortes qui auront été formés , et même d’un % d’exercices qui auront donné lieu à un « retour d’expérience » ( comme si un exercice sans retour d’expérience pouvait servir à quelque chose !!!) . On aura même au centime prêt la justification du coup des campagnes de communications, notamment de l’INPES, que certains rapports reconnaissent comme étant resté sans effet.
Quant à savoir si ces plans, quand ils sont connus des principaux exécutant, sont « opérationnels », grâce à une grille d ‘évaluation « réaliste », si les leçons tirés des exercices ont bien été apprises etc, il serait trop cruel de regarder la vérité en face…
Si les campagnes de l’INPES ne sont pas efficaces, si 30 % de réunionnais croient toujours que le moustique n’est pas le vecteur du Chikungunya , c’est peut être que la communication est mauvaise ? Non ?? Tout haut fonctionnaires soient ils !

Ces résultats importent donc peu ?On est bien dans une logique de pouvoir et de chasses gardés, auxquels il faut des moyens, dont on justifiera ensuite l’emploi : exactement le contraire de la LOLF.
Les restructurations font peur et la transparence aussi qui risquerait de mettre au grand jour les causes inavouables de cette peur.
Restructuration et transparence – perestroîka et glaznost- n’ont pas été choisi pour rien pour réformer l’URSS.
Notre administration soviétiforme criblée de nostalgiques de mai 68 devra y passer aussi si on veut s’en sortir.
Alain - 02/06/08 21:39

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