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  2007

La diplomatie française, un rayonnement très coûteux


I. La diplomatie made in France

A l’ère dite du terrorisme, le but affiché du ministère des affaires étrangères Outre-Manche est "to work for UK interests in a safe, just and prosperous world" [1]. Les objectifs ainsi énoncés sont, dans un premier temps, la lutte contre le terrorisme, la réduction des armes de destruction massive, de la circulation et du commerce de drogues et autres criminalités. Afin, dans un second temps, de permettre une économie britannique prospère et sécurisée partout dans le monde. Sécurité et commerce sont donc les maître-mots de la politique étrangère britannique. Le Royaume-Uni opte pour une diplomatie dite commerciale. Pour ce faire, il n’adopte pas une approche quantitative, en essayant de s’implanter dans le plus de pays possible, mais stratégique, en établissant ambassades et consulats dans des localités économiquement attractives.

L’état d’esprit de la politique étrangère française semble tout autre. Alors que les premiers privilégient sécurité et prospérité, les seconds veillent à la coopération internationale, "au rayonnement culturel" [2]. La France, depuis les prémices de sa diplomatie, se revendique comme ayant une vocation à l’universalité. Le cheval de bataille français : affirmer sa présence partout dans le monde, en cherchant à développer ses valeurs, ses références, sa culture et l’usage du français hors de ses frontières. Cela se manifeste par l’enseignement et la diffusion de la langue française, en rendant notamment l’enseignement supérieur français plus attractif et en développant des partenariats universitaires. Par la promotion des idées, expressions artistiques et productions audiovisuelles françaises. Ainsi le ministère des Affaires étrangères soutient-il l’exportation des programmes audiovisuels et films français. Et l’audience croissante de TV5, chaîne francophone, qui est passée de 56.7 millions de personnes en audience hebdomadaire cumulée, en 2003, à 73.5 millions en 2005 témoigne d’un certain succès. Mais également au travers d’une coopération technique et scientifique.

Toutes ces entreprises visent à donner l’image d’une France forte, active et combative. En tant qu’Etat puissant, la France doit donc être présente un peu partout dans le monde. Cela expliquerait alors pourquoi nous avons un ambassadeur à Port-Vila dans le Vanuatu, archipel de 83 îles d’une superficie de 12 200 km² et disposant d’une population de 192 910 âmes… Au nom de la francophonie et du rayonnement culturel !

Vaste projet ! Surtout quand on sait que la langue et la culture française sont en perte de vitesse. L’anglais est langue officielle dans 94 pays sans compter tous les pays où il se trouve couramment parlé, tandis que le français est une langue officielle dans 54 pays dans lesquels sont inclus les cantons suisses et les DOM-TOM. Malgré des efforts financiers colossaux la France ne parvient pas à faire face. Il semblerait même, qu’à mesure qu’augmentent les dépenses, l’influence de la France diminue.

II. le budget

Une coupe dans le budget du MAE

On est en droit de se demander si la France a toujours les moyens d’assurer ce train de vie. Pays qui traverse de multiples crises internes et subit les foudres de son voisin Outre-Atlantique. La question qui nous taraude tous : la France a-t-elle encore la capacité de se maintenir au deuxième rang mondial des réseaux diplomatiques [3] ? La France, qui ne possède pas d’ambassade dans seulement 31 Etats, peut-elle encore assumer le coût de ses 156 ambassades, ses 17 représentations auprès d’organisations internationales et ses 98 postes consulaires ? Il n’en est rien. La diplomatie française subit de plein fouet la morosité et les difficultés du pays et doit, à l’image des autres ministères faire des coupes sèches dans son budget.

Cela se traduit par une diminution nette des effectifs de 235 emplois dont un transfert de 92 postes d’assistants techniques à l’AFP (Agence Française pour le Développement) en 2006. Un effort de réduction des effectifs s’inscrivant dans le cadre d’une action constante de maîtrise de l’emploi public qui a conduit à diminuer de 11% les effectifs du ministère des Affaires étrangères depuis dix ans rapporte le porte-parole adjoint du Quai d’Orsay [4]. Le ministère des Affaires étrangères s’engage ainsi à assumer un effort important en termes d’emplois et de rémunérations, de crédits d’investissements et de fonctionnement. Tout en préservant, comme le budget 2004 le souligne, les domaines vitaux de son action, principalement le rayonnement de la France et les intérêts des Français à l’étranger. Dès lors comment faire ? Rationaliser le fonctionnement est une chose, réduire les effectifs de façon inconsidérée en est une autre.

Pourquoi ne pas faire à la manière du Foreign Office ? Ce dernier a, en effet, par souci d’économie, embauché de nombreux employés, et citoyens du pays d’accueil permettant de juguler les dépenses des ambassades et des consulats sans que la qualité du service n’en souffre. 38 représentations à l ‘étranger sont ainsi gérées uniquement par du personnel local. Cela permet de réduire les coûts de fonctionnement en évitant le coût que représente un expatrié français travaillant pour une ambassade, et ce, sans que la quantité du service en pâtisse, le personnel local connaissant le terrain, la langue et les usages du pays.

Mais force est de constater que malgré les efforts entrepris sur les frais de fonctionnement, salaires et autres, le budget alloué au ministère des Affaires étrangères s’élevant à 5.37 Millions d’euros, n’a cessé de croître ces dernières années.

Mme Brigitte Girardin auditionnée devant la commission des finances sur l’économie générale et le plan de l’Assemblée Nationale (Paris, 16 novembre 2005) s’en explique. "Vous aurez constaté que le budget de cette mission, dans un contexte budgétaire particulièrement tendu, est en augmentation, sensible, de 200 millions, soit 7 %. Comme les années précédentes, la majeure partie de cet accroissement bénéficiera à nos engagements multilatéraux, notamment à travers les Nations-Unies et la Banque mondiale. En particulier, la décision de doubler, d’ici deux ans, notre contribution actuelle au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, qui atteindra donc 300 millions en 2007, fait de la France le premier contributeur mondial à ce Fonds, devant les Etats-Unis."

Dès lors, même si le geste est noble, il semble difficile de mettre un terme aux difficultés budgétaires que connaît le Gouvernement. Le budget du ministère des affaires étrangères croît de manière exponentielle ces dernières années, passant d’environs 3.25 millions d’euros en 2000 à 5.34 millions d’euros en 2006.

Serrons-nous la ceinture !

Le métier d’ambassadeur a toujours été associé au luxe et à l’opulence. Qui n’a jamais entendu la voix off, désormais célèbre, de cette publicité pour les chocolats "Les réceptions de l’ambassadeur sont réputées pour le bon goût du maître d’hôtel…" En effet, une ambassade, en tant que représentante du bon goût et de la culture française se doit de véhiculer une image proche de la perfection à grands renforts de festivités. Oui mais voilà, ce temps "insouciant" est révolu et le ministère des Affaires étrangères peinant à joindre les deux bouts doit donc, comme les autres ministères, se serrer la ceinture. En un mot, ECONOMISONS. Ce n’est pas le contribuable que nous sommes qui s’en plaindra. Mais de quelle façon y parvenir ?

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Suite de cet article :
La solution … la rationalisation
III. La diplomatie française à l’épreuve de la concurrence Les ONG
IV. La diplomatie française à besoin d’un sérieux "relooking"


Sur les mêmes sujets :

[1] in site internet du Foreign and Commenwealth office

[2] in site internet du Ministère des Affaires étrangères

[3] après les USA et devant la Russie, le Royaume-Uni et l’Italie

[4] question du point de presse du 29 septembre 2005

[5] figaro.fr du 15 mai 2006 Rubrique Internationale Alain Barluet

[6] rapport d’information n°3225 enregistré à la Présidence de l’Assemblée Nationale le 5 juillet 2006 déposé en application de l’article 145 du règlement en conclusion de la mission d’évaluation de la Mission d’évaluation et de contrôle (MEC) sur les services de l’État à l’étranger

[7] audit de l’Inspection générale des affaires étrangères avec l’Inspection générale des finances et l’Inspection générale de la DGTPE, sur la politique de l’emploi local dans les services français au sein de l’OCDE. Modernisation de l’Etat, 17 janvier 2006

[8] article du 27 janvier 2005 : Solidarité publique contre philanthropie privée

[9] une note du 26 septembre 2000 du secrétaire général du ministère consacrée à "l’évaluation" consultable sur le site Internet du Sénat

[10] rapport d’information n°3620 enregistré à la Présidence de l’Assemblée Nationale le 20 février 2002 déposé en application de l’article 146 du règlement sur le réseau diplomatique et le rôle des ambassadeurs

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