Seuil et taux de pauvreté
Les analystes européens utilisent alternativement deux conventions pour déterminer le seuil de pauvreté, à savoir soit 50%, soit plus généralement à l’époque récente, et de façon plus exigeante, 60% du revenu médian (celui qui divise la population en deux parties égales en nombre) de chaque pays. Le seuil de pauvreté est donc en Europe une notion relative, raccrochée au revenu médian de chacun des pays. Ceci signifie que toute augmentation de ce revenu médian provoquera une montée du taux de pauvreté, sauf si le revenu de la population pauvre augmente dans la même proportion. Inversement, toute diminution de ce taux signifie que le revenu de la population pauvre se rapproche du revenu médian.
Les tableaux qui suivent présentent sous forme numérique puis sous représentation graphique l’évolution à long terme, d’une part du seuil de pauvreté exprimé en euros constants, et d’autre part du taux de pauvreté à 60%.
| Année | Seuil de pauvreté à 60% (€ constants) | Taux de pauvreté (%) |
|---|---|---|
| 1970 | 465 | 17,9 |
| 1975 | 585 | 16,6 |
| 1979 | 675 | 14,2 |
| 1984 | 701 | 13,5 |
| 1990 | 748 | 13,8 |
| 1996 | 803 | 14,5 |
| 2000 | 850 | 13,6 |
| 2005 | 902 | 13,1 |
| 2006 | 915 | 13,1 |
| 2007 | 935 | 13,4 |
| 2008 | 950 | 13 |
| 2009 | 954 | 13,5 |
| Source INSEE | ||

Le rapprochement de ces deux courbes démontre de façon éloquente qu’en quarante ans le taux de pauvreté de la population française tombait de 17,8 à 13,5%, et qu’en même temps le pouvoir d’achat correspondant au seuil de pauvreté (la comparaison des chiffres faite dans le temps est effectuée en euros constants) faisait plus que doubler.
Autre façon d’exprimer l’évolution constatée, et en utilisant d’autres chiffres de l’INSEE, on remarque qu’en 2009, 7,5% de la population percevaient un revenu inférieur à 795 € (seuil de pauvreté à 50%). En 1996, ils étaient 14,5% à percevoir l’équivalent en euros constants (803 €). Ce qui signifie que la pauvreté calculée en pouvoir d’achat a diminué d’environ la moitié en seulement treize années. Il y a moins de pauvres, ce qui traduit un écrasement des revenus entre eux et ceux qui disposent du revenu médian. Et le pouvoir d’achat de tous a très fortement augmenté – l’utilisation du pouvoir d’achat et la montée des dépenses contraintes étant une autre question.
On aurait tort de n’évoquer que la dernière année de l’évolution, marquée par la crise, au détriment de l’évolution à long et même moyen terme – d’autant que plusieurs fois dans l’époque récente le taux de pauvreté a augmenté pour retourner à la tendance générale qui montre incontestablement une forte diminution.
L’Observatoire des inégalités, sous la plume de son directeur Louis Maurin, juge le chiffre de 8 millions de pauvres « exagéré » et estime que cette « conception extensive de la pauvreté est lourde d’effets pervers ». Il précise qu’au niveau de l’Europe, « en 2008, 17% de sa population vivait sous le seuil de pauvreté. Les pays nordiques, l’Autriche et les Pays-Bas sont sans surprise les états où le taux de pauvreté est le plus faible avec 11 à 12% de pauvres. La France arrive juste derrière avec 13%. Une position très favorable, notamment compte tenu de la part de la population immigrée démunie ».
Non, la France n’a pas à rougir de son action pour réduire la pauvreté. Il n’y a pas paupérisation globale des Français. On ferait mieux de réfléchir à la manière de faire face aux changements de société qui rendent la situation particulièrement difficile pour certains, au premier rang desquels ceux concernés par la destruction de la famille : les couples séparés, les familles monoparentales et les jeunes, maintenant défavorisés par rapport à la partie la plus âgée de la population.
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