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Société civile n°66 - Le 10 février 2007 par Guillaume Dumant

Europe et International
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L’aide publique au développement

Toujours plus d’argent pour plus de pauvreté



- Une aide qui s’élève à plus de 8 Mds d’euros : à quoi bon ?
- Une grande partie de l’aide ne sert pas le développement
- Aide et corruption : la relation incestueuse
- L’AFD : le "machin" qui profite de l’aide
- Les propositions de l’iFRAP

Février 2007. Dernier sommet France-Afrique pour Jacques Chirac. Plus qu’une simple réunion cet ultime rendez-vous marque la fin d’une époque. L’époque des amitiés troubles entre les politiques français et les dirigeants africains. Chacun profitant de l’autre, le système n’a jamais réellement marché. Les aides françaises étaient toujours accompagnées de bonnes intentions africaines mais l’hypocrisie était de mise.

La France est experte pour promettre de nouvelles politiques miracles en faveur des pays les moins avancés. Les échecs à répétition des politiques suivies de réformes inabouties n’ont rien changé aux politiques d’aide au développement. L’argent public a été gaspillé sans aucun contrôle indépendant. Depuis les années 1990 pourtant, la France se fait le chantre de la nécessité absolue de continuer dans la voie de l’Aide Publique au Développement (APD) pour sortir les pays pauvres de leur marasme. Avec un des plus importants ratios Aide Publique au Développement / Revenu National Brut, la France se targue d’être à la pointe de cette politique. Pourtant les pays qui bénéficient de l’aide sont toujours aussi pauvres, certains s’appauvrissent encore. L’aide n’a pas prouvé son efficacité. Un tiers des pays les moins avancés ont vu leur PIB stagner ou régresser. Derrière les chiffres et les discours se cache une réalité peu glorieuse. Trop de services administratifs interviennent dans la conception et l’acheminement de l’aide, son efficacité en souffre.

1. L’augmentation de l’Aide Publique au Développement ? Un mirage français

Le consensus est large autour de l’Aide Publique au Développement (APD) en France. Il faut l’augmenter ! Après plusieurs années de stagnation sous Jospin, le Président Chirac a fait de l’Aide Publique au Développement une raison d’être de son mandat en oeuvrant pour son augmentation. Le chef de l’Etat a même annoncé un calendrier accéléré pour porter le ratio APD / Revenu National Brut (RNB), mesure employée pour évaluer l’APD, à 0,5% en 2007, soit 9 milliards de dollars US. Il atteindra 0,7% en 2012. Pour l’année 2006, l’APD est de 8 213 millions d’euros. Ce budget consacre 64% à l’aide bilatérale, qui transite d’un pays vers un autre, et 33% au multilatéral, via les institutions internationales, les 229 millions restants sont alloués aux TOM.

L’optimisme du Président ne doit pas cacher le fait que cet objectif, 0,7% du RNB, n’est pas son objectif mais est en réalité celui mis en place par l’ ONU pour atteindre les objectifs mondiaux du Millénaire (OMD) en 2015. Ces objectifs vont de la réduction de moitié de l’extrême pauvreté à l’éducation primaire pour tous. Le chemin sera difficile car en 2006, l’aide moyenne des pays les plus riches accordée aux pays les plus pauvres devrait s’établir à 0,30%. Mais Chirac affirme que l’aide aux pays en voie de développement doit augmenter. Il veut convaincre tout le monde que l’aide peut enfin fonctionner. Un ancien membre du Club de Paris est sceptique quant aux prétentions du Président. Sous couvert d’anonymat, le fonctionnaire ébranle le mythe français : "Dès 2008, il y aura des soucis. Si on veut que la France fasse 0,7 ça va être dur. C’est impossible même. Les problèmes ne sont pas les ressources mais l’absorption. Il n’y aura presque plus d’annulation de dette à faire (prise en compte dans l’APD, ndr) donc le volume d’APD devra être plus conséquent et encore plus gros si on veut faire 0,7. Même si on y arrive, le problème est que les députés ne voteront pas. Ça ne passera pas avec la dette française qui est en constante augmentation".

Evolution de l’aide française de 1991 à 2004
Année 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997
Millions 5 853,3 6 256,1 6 624,9 7 020,6 6 445,8 5 833,7 5 482,0
% ADP/RNB 0,56 0,58 0,60 0,62 0,55 0,48 0,44
Année 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004
Millions 5 015,0 5 181,5 4 454,0 4 687,6 5 821,3 6 419,7 6 820,0
% ADP/RNB 0,38 0,38 0,31 0,32 0,38 0,41 0,41
Source : OCDE

Voilà donc pour ce qui est de l’avenir. Une fois le pic d’annulation de la dette atteint, la France devra augmenter son APD en allouant des ressources financières supplémentaires pour compenser ces opérations.

Selon beaucoup d’experts, l’aide n’augmentera pas et le seuil des 0,7% sera très difficile, voire impossible à atteindre. En 2003, l’aide française s’est élevée à 6,4 milliards de dollars soit 0,41% du revenu national brut, contre 0,32% pour 4,6 milliards de dollars en 2001.

- La France est un mauvais contributeur au développement

En 2004, la France est le troisième contributeur de l’aide au développement en montants cumulés. Le ratio n’est plus le même dès lors que l’APD est calculée en fonction du revenu national brut pour le rapporter à l’échelle du pays, la France n’est alors plus qu’en septième position. La plupart des rapports, comme celui de l’OCDE, classent les pays en fonction des sommes totales versées. La France serait donc un des pays les plus généreux en matière d’aide publique au développement. Le discours gouvernemental est donc à relativiser.

D’autres instituts portent un regard critique sur les fonds d’aide. En août dernier, le Think Thank de Washington Center for Global Development place la France en 18e position sur les 21 principaux pays qui aident les pays pauvres. Les principaux points critiqués par le Center for Global Development sont une "aide qui va à des pays pas si pauvres ; sa politique migratoire est trop restrictive ; elle est un des champions de la vente d’armes à des dictatures". La France est donc notée par rapport à l’aide internationale (9e sur 21), elle est 14e pour les investissement, 10e pour le commerce et enfin elle est en dernière position (c’est-à-dire… le pays le plus exportateur) pour ses "importantes exportations d’armes vers les pays non démocratiques" (21e sur 21).

Les répercussions sont importantes. D’un coté la France souhaite se placer en héraut de l’aide internationale et d’autre part son système d’aide est décrié par de nombreux professionnels du secteur.

- Une large part de l’APD ne sert pas le développement

Malgré un budget colossal, d’importantes sommes de l’Aide Publique au Développement ne permettent pas à un pays d’augmenter sa croissance.

Il suffit de regarder les différentes destinations des budgets alloués pour se rendre compte de la confusion du système. Le vaste ensemble regroupe de manière globale : les politiques d’allègement et d’annulation de la dette, les frais d’écolage (destinés aux étudiants étrangers), les dépenses en matière d’accueil des réfugiés, les dépenses effectuées au nom de la solidarité nationale destinées à nos provinces telles que Mayotte, Wallis et Futuna, la politique culturelle, le rayonnement français à travers les centaines de centres de la francophonie. La liste est longue. Il est nécessaire de se pencher sur ces chiffres pour se rendre compte de ce qui aide réellement un pays à se développer. D’importantes sommes d’argent servent en réalité le politique français qui a su rester bien longtemps derrière cette notion sacrée d’Aide Publique au Développement. "L’APD est un fourre-tout élaboré unilatéralement par les pays donateurs" estime Régis Mabillais de Coordination Sud, portail d’ONG françaises de solidarité internationale qui lutte, entre autres, pour une transparence de l’APD.

Il faut regarder les chiffres de plus près. Et là, le bât blesse !

De grandes distinctions sont à faire dans l’aide publique au développement. D’une part, il y a l’aide réelle qui est censée aider les pays qui la reçoivent. Et de l’autre coté, il y a l’aide dite superficielle qui n’est que jeux comptables, d’aucune utilité pour les pays en voie de développement. En 2001, la part de l’APD réelle dans l’APD officielle était de 70,4%. Depuis, le ratio baisse. En 2005, l’APD réelle est estimée à 51,2%. Donc, sur les quelque 8 milliards alloués par l’administration française à l’APD, seuls 4,16 milliards sont réels. Le reste est artificiel et ne sert pas les pays en voie de développement.

L’APD officielle en 2005 est de 8.093 millions d’euros soit 0,47% du RNB. A l’intérieur, il faut prendre en compte 2,52 milliards consacrés à l’allègement de la dette (c’est cette somme qui fera chuter l’APD une fois les dettes entièrement résorbées). 740 millions sont imputés aux coûts des étudiants étrangers, 458 millions concernent l’aide aux réfugiés et 226 millions d’euros concernent l’aide allouée aux TOM. Donc l’APD artificielle s’élève à 3,9 milliards d’euros sur un total de 8,09 milliards d’euros. L’administration française est experte en matière de jeux d’écritures comptables et de gonflement de sommes. A plusieurs reprises, elle a été rappelée à l’ordre concernant le flou autour de l’APD. Et Régis Mabillais d’ajouter : "Ils sont juges et parties. Cela n’est pas logique. Il faudrait une instance neutre et indépendante qui définisse ce qui fait partie de l’APD ou pas".

A lire également dans notre dossier :

- 2. Une aide, difficile à élaborer, source de perversions
- 3. Les politiques précédentes ont échoué sans qu’aucune remise en question n’ait été faite
- Conclusion
- L’iFRAP propose



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