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L’ENSPTT ou comment l’ENA des PTT a disparu

En 2007 par l’équipe de la Fondation iFRAP

En 2006, l’Ecole des Mines est toujours bien vivante alors qu’il n’y a plus de mines, et les ingénieurs des Ponts et Chaussées sont recherchés pour bien d’autres projets que les ponts et les routes. Mais pourquoi l’Ecole Nationale Supérieure des Postes et Télécommunications (ENSPTT) a-t-elle disparu au moment où s’ouvraient de formidables opportunités dans son domaine ?

Créée en 1878 et refondée en 1938, l’ENSPTT formait les Administrateurs des PTT, auxquels les postes de cadres supérieurs administratifs étaient réservés à La Poste, à France Telecom et au ministère des PTT. Exactement comme l’ENA le fait encore pour la fonction publique et l’ENSP pour les hôpitaux. A la création de l’ENA, en 1950, il aurait été logique que cette nouvelle école regroupe la formation de tous les administrateurs de l’Etat. Mais l’ENSPTT a manœuvré avec succès pour préserver son indépendance. Une victoire à la Pyrrhus.

ENST

Contrairement à l’ENSPTT, la formation d’ingénieur de l’école Nationale Supérieure des Télécommunications est toujours très réputée. Mais il y a longtemps que ses diplômés se sont orientés vers des entreprises, et pas seulement vers des postes réservés dans des administrations d’Etat

En 1995, quand notre récit commence, cette école est sous la tutelle de La Poste, de France Telecom et du Ministère de l’Industrie. A France Telecom, la concurrence commence à se faire sentir, et son avenir ne peut être laissé aux administratifs sortis de l’ENSPTT. France Telecom doit se convertir à l’efficacité et au marketing : les marques Numeris ou Itineris fleuraient bon le latin, mais c’est la marque grand public Orange qui va triompher. A la Poste, l’ouverture à la concurrence sera plus lente, mais le résultat sera le même : la filière des Administrateurs PTT s’est éteinte en 2001.

D’après le livre de Marie Ribeyrolle [1], l’agonie de cette ENSPTT a été assez cruelle. On a laissé ses salariés tourner en rond pendant 6 ans comme des rats dans un labyrinthe sans issue. Les projets les plus fous auront été essayés pour transformer successivement l’ENSPTT en :

- Grande Ecole Internationale d’Administration et de Gestion avec un pôle Recherche
- Entreprise de Conseil en Management, voire un Club de Réflexion pour les grands patrons
- Entreprise de Formation spécialisée pour les Entreprises de Réseaux publiques et privées (électricité, gaz, eau, télécommunications, poste, télévision, hôpitaux, informatique ….)

Au moment où La Poste et France Telecom se débattaient pour survivre et s’en remettaient à de nombreux cabinets de consultants, la crédibilité de l’ENSPTT pour aller vendre ses conseils aux autres était faible. L’intérêt de ce livre est de montrer à quelle vitesse une école comme l’ENSPTT se révèle obsolète et inutile quand elle est plongée dans un univers de concurrence. Même France Telecom et La Poste, où les Administrateurs PTT tenaient un grand nombre de positions de direction, n’ont manifesté que peu d’intérêt pour son sauvetage.

Cochez votre choix

- [ ] 1. Choisir votre salarié parmi tous ceux qui ont répondu à votre appel de candidature

ou

- [ ] 2. Vous voir allouer un salarié tiré au hasard parmi les diplômés d’une seule école

A La Poste et à France Telecom, dès qu’ils l’ont pu, les responsables ont coché la réponse 1.

Si on veut utiliser la même méthode pour faire disparaître l’ENA et l’ENSP (santé publique), deux autres écoles dont l’iFRAP a étudié les ravages, voici les 3 étapes à respecter :

- Cesser de réserver les postes de cadres supérieurs des secteurs hospitaliers et de l’Administration publique aux élèves diplômés de l’ENA et de l’ENSP, et ouvrir largement le recrutement
- Facturer à chaque ministère et à chaque hôpital sa participation aux budgets de l’ENA ou de l’ENSP
- Demander à ces écoles de tirer des formations payantes de cadres administratifs étrangers et du privé une partie significative de leur budget

Par respect pour les personnels de ces écoles, une méthode plus directe et plus courageuse leur éviterait les souffrances qu’ont subies les salariés de l’ENSPTT.



[1] "Utopie 8 heures par jour" publié par Marie Rebeyrolle en 2006, sociologue, membre de la direction de l’ENSPTT pendant 6 ans.



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