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  Société Civile n°32 - Archives - 10 janvier 2004

Emploi : Jacques Chirac est-il sérieux ?


Lors de son allocution télévisée du 1er janvier 2004, Jacques Chirac a déclaré qu’avec les progrès réalisés en matière de sécurité publique, la première préoccupation des Français devenait celle de l’emploi et que l’année 2004 allait être celle de la mobilisation pour l’emploi, mobilisation devant se traduire par une loi soumise au Parlement. Parmi les moyens annoncés : encourager les entreprises en allégeant les procédures et les charges ; relancer la recherche et l’équipement des infrastructures ; créer plus d’entreprises ; améliorer la formation ; prévenir les licenciements ; moderniser le service de l’emploi. La liste des objectifs est claire et pas un gouvernement de gauche ou de droite n’y trouverait à y redire. Mais s’agit-il seulement de vœux pieux dont notre république est coutumière depuis 30 ans ou y a-t-il vraiment une volonté de s’écarter des innombrables "politiques de l’emploi" qu’annonce tout gouvernement et dont le résultat est l’un des chômages le plus élevé des pays développés ?

Pour permettre aux lecteurs de Société Civile de juger des mesures qui seront proposées et discutées, nous avons fait de la politique de l’emploi le dossier central de ce numéro de janvier 2004 en rappelant ce que l’on sait sur l’emploi :

- Quels ont été les effets des politiques de l’emploi depuis 1973
- Quel est le chômage réel en France et combien d’emplois il faudrait créer pour mettre la France à niveau avec les pays qui ont réussi à vaincre le chômage comme la Grande-Bretagne
- Quelles sont les directions possibles pour une politique de l’emploi Comment font les Anglais pour créer chaque année au moins 100.000 emplois marchands de plus que nous
- Le rôle de l’ISF dans cet Azincourt économique
- En conclusion, se demander pourquoi Jacques Chirac s’accroche à un impôt qui peut faire perdre son parti mais fait sûrement perdre la France.

Disons tout de suite que les espoirs suscités par l’augmentation du nombre d’entreprises créées depuis le printemps 2003 sont sans fondement. L’accroissement s’est uniquement produit dans les entreprises créées sans salariés dont l’expérience montre qu’elles ne créent pas d’emplois durables ; les entreprises qui font la masse des emplois sont les entreprises créées avec salariés et fortement capitalisées. Leur nombre continue de chuter et se situe à des niveaux inacceptable par rapport aux autres pays étrangers . Vouloir fonder l’avenir de l’emploi sur la création d’entreprise postule que celles-ci aient les moyens financiers d’investir fortement pour pouvoir être compétitives internationalement, ce qui n’est pas le cas actuellement.

Avec ces points de repère, il sera possible de juger si l’emploi est vraiment devenu la préoccupation première du gouvernement ou s’il s’agit seulement d’une manœuvre politique visant à faire passer les phares de l’actualité de Nicolas Sarkozy vers François Fillon.

Résultats des politiques de l’emploi depuis 1973 : le parking.

Le résultat des politiques de l’emploi pratiquées depuis l’arrivée de Giscard à la présidence de la République se lit sur le graphique ci-dessous : stagnation de l’emploi dans le secteur marchand alors qu’il augmente dans tous les autres pays : de 57% aux USA, de 22% en Grande-Bretagne, de 11% en Allemagne avant la réunification et de 1,7% en Italie.

C’est que dans toute cette période, les gouvernements successifs ne font pas des politiques de l’emploi mais du parking : incapables d’imaginer de vraies politiques de l’emploi et pour éviter que les statistiques du chômage officiel n’explosent, on maintient les jeunes le plus longtemps possible dans le système éducatif et on met les plus vieux à la retraite avant l’âge. On accroît au maximum le nombre de fonctionnaires au point que la France a de loin le pourcentage de fonctionnaires le plus élevé de l’Occident avec environ 25% de la population active contre 15% en moyenne dans l’OCDE. On multiplie les petits boulots avec des emplois précaires que chaque gouvernement enrichit de sa formule et qui permettent de retirer leurs bénéficiaires de la liste des chômeurs mais les laissent avec des revenus à la limite de la subsistance et sans espoir d’avenir.

Le résultat est que la population réellement employée n’a cessé de chuter alors qu’elle s’accroissait dans les autres pays comme le montre le graphique ci-après :

Le taux d’emploi qui était en Grande-Bretagne de 65% comme en France en 1976 est tombé à 60% en France pendant qu’il montait à 75% en Angleterre et aux USA.

Deux jeunes sur trois entre 15 et 25 ans ont un emploi en Grande-Bretagne contre 1 sur 3 en France.

La période Jospin ne fait pas exception dans ce désastre : elle a pu faire illusion car le monde a vécu une période d’expansion économique extraordinaire mais les résultats ont été misérables : il s’est bien créé en 4 ans 1,5 millions d’emplois mais ceci correspond à une augmentation annuelle de la population employée de 1,7%, mais si l’on enlève les emplois artificiellement créés par l’Etat avec les 35 heures, les emplois-jeunes, les embauches de fonctionnaires, ce taux tombe à 0,7%, ce qui est à peine le taux nécessaire pour absorber l’augmentation de la population active : au moment où le monde traversait une période d’expansion sans égale, les entreprises françaises fabriquaient à peine assez d’emplois pour absorber l’augmentation de actifs. Il est peu étonnant que dès que l’activité s’est ralentie, le chômage ait repris et qu’il se soit maintenu au-dessous du seuil psychologique de 10% seulement par des artifices dont nous allons maintenant parler.


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