
Selon certaines informations, la débâcle des services publics viendrait, au choix, de la règle du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite ou de la privatisation rampante de nos services sous monopole. Et si cette débâcle venait du fait qu’on investit toujours plus en masse salariale et toujours moins en équipements au grand désavantage des « usagers » captifs ?
Qu’est-ce qu’un service public ? Selon la définition traditionnelle, le service public est un service qui doit profiter à tous dans l’intérêt général, dans des conditions d’égalité pour tous. Il n’est dit nulle part, ni dans la Constitution ni dans la loi, que le service public est nécessairement délivré par une entreprise publique sous monopole avec des personnels sous statut. Cela n’a d’ailleurs jamais été historiquement le cas.
Malgré les 7 millions de Français employés (chiffres DGAFP) dans le secteur public ou para-public, il semblerait qu’une certaine « débâcle » des services publics nous guette. Pas vraiment un scoop mais c’est le constat que viennent de faire certains partis dans leurs « états généraux du service public » le Nouveau parti Anticapitaliste (Besancenot) et Parti de gauche (Mélenchon) et avec eux… l’hebdomadaire Marianne qui titrait dans la première semaine de janvier « la débâcle des services publics ».
Et de déplorer dans l’article, à fort juste titre, l’actualité brûlante de la fin d’année 2009 en matière de services publics : « Quinze jours de grève sur la ligne A du RER et un cauchemar quotidien pour un demi-million de franciliens. Sur la ligne C du RER, un simple parpaing tombe sur la voie et le trafic est bloqué pendant plusieurs jours. (…) Et le 21 décembre, le réseau EDF qui disjoncte pour plusieurs millions de foyers »…
Marianne se mobilise donc pour dénoncer comme « ineptie » responsable du naufrage de nos services publics : le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite.
Cette règle de la RGPP serait à l’origine de cette perte de qualité de nos services publics. De tous nos services publics, que ce soit l’école, la poste, l’électricité, les hôpitaux, la SNCF, la RATP… Faut-il rappeler que ni dans les hôpitaux, ni dans les entreprises publiques, ni dans les collectivités, ni dans l’enseignement supérieur, ni dans la recherche la règle du un sur deux ne s’applique ?
Surprenant, on dirait que tout en partant du bon constat, nos amis de Marianne qui ne pensent pas (forcément) comme nous, oublient de dire que peut-être, s’il y a des problèmes c’est surtout que, depuis les années 1970, date à laquelle furent conçus nombre de nos services publics, il a été bien plus investi dans les personnels et leurs statuts que dans les infrastructures. Ce n’est pas parce qu’on manque de conducteurs ou de contrôleurs que les trains de la ligne du Francilien H de la gare du Nord ressemblent à des wagons à bestiaux, mais bien parce qu’on utilise une grande partie des ressources financières disponibles dans des statuts à vie et des avantages acquis… Selon la DGAFP [1], « entre 1982 et 2003 l’emploi public a augmenté de 24 % » pour atteindre aujourd’hui 20 % de la population active, 25 % si on compte les entreprises publiques.
Autre cible de Marianne : la privatisation ou la sous-traitance… Mais où voit-on la « privatisation » alors qu’est à peine tolérée, par exemple, l’existence de cliniques privées pourtant moins chères que les hôpitaux pour les mêmes actes ? Etrange de faire le bon constat tout en se trompant de solutions. Car la rédaction de Marianne fait preuve de beaucoup de clairvoyance quand elle rappelle que les électeurs-usagers des transports en commun d’Ile-de-France, même du PS, sont « épuisés par la guérilla ubuesque entre la SNCF et les syndicats » et « favorables » au service minimum dans les transports publics.
Alors, ne faut-t-il pas se rendre à l’évidence et reconnaitre avec Nicolas Baverez que le secteur public est entré « dans une zone de rendements décroissants où les coûts explosent pour des services rendus qui régressent » et que cela commence à se voir. Cela réveille de lire Marianne décrire une gauche avec une « « vision quantitative » du service public, marquée sur les budgets et les effectifs à défendre plus que sur les objectifs et les résultats » qui dit « que tout va bien et qu’il faut tout maintenir en l’état en pensant plus à ses salariés qu’aux usagers. » Et encore que « le refus du lucratif ne s’oppose pas à une bonne gestion de l’argent public ». Mais il y a encore du chemin à faire pour y lire que ce sont les statuts et leurs privilèges en tous genres qui font baisser la qualité des services et oublier l’ « usager » au profit du seul salarié.
Un prochain article sur le thème de la « Suppression des statuts pour un meilleur service public » ?
[1] Rapport annuel 2004 sur la Fonction publique
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