A cela s’ajoute le coût des procédures techniques (étude du régime des vents, possibilité de raccordement), administratives (permis de construire) et écologiques (voisinage, animaux, paysage) spécifiques de chaque implantation. Les quatre cinquièmes des projets s’arrêtent en route y compris pour des questions purement locales (ex : le maire estime que cela va lui faire perdre les élections). Il s’écoule en moyenne 3 ans entre le début du projet et le démarrage de la production. Ces démarches contribuent pour 25% au coût total et sont difficilement compressibles.
> Combien vaut le kilowatt éolien ?
C’est la question fondamentale. La méthode de fixation autoritaire des prix par l’Etat ne permet malheureusement pas d’obtenir une réponse fiable des intéressés comme EDF et ses concurrents. Pour ces entreprises, la notion de "coût" d’un kilowatt n’a aucun sens dans l’absolu. Tout dépend du "quand" il est disponible. Les producteurs comme EDF classent leurs centrales en catégories aux caractéristiques très différentes.
Les centrales nucléaires (77% de notre production d’électricité) sont de gros super tankers, longues à lancer et arrêter. Mais une fois construite et en route leur coût marginal de production est très faible. Presque nul : diminuer la production d’une centrale nucléaire de 2% pour "faire de la place" à une pointe d’électricité éolienne n’économise presque rien. D’autant plus qu’il faudra peut-être l’augmenter dans l’heure qui suit.
Les barrages hydroélectriques (14% de notre production d’électricité) au contraire peuvent démarrer rapidement quand on le veut, leur coût de production est aussi faible mais les ressources en eau ne sont pas complètement prévisibles et doivent être gérées finement (utilisées au moment le plus rentable).
Le coût de production des centrales thermiques (9% de notre production) est directement lié à leur consommation de combustible, charbon, gaz ou fuel. Faciles à démarrer, elles sont très utiles en cas de pics de demande.
Dans cette panoplie où se situent les éoliennes ? En consommation normale, les centrales nucléaires fournissent l’électricité nécessaire à un coût marginal très faible. Pas besoin d’éoliennes. Quand la consommation augmente, l’hydraulique est appelé à l’aide. En cas de pics de demande, l’appoint des éoliennes serait bienvenu, malheureusement leur niveau de production est imprévisible. Pas très commode pour une roue de secours.
Les écarts de valeur entre les kWh produits à des périodes différentes sont bien reflétés dans les tarifs d’EDF : pour les particuliers, le tarif de jour est le double du tarif de nuit, celui des "jours rouges ou évitables" 10 fois plus cher.
> Plans français éoliens
Mises à part quelques tentatives d’installation d’éoliennes dans des zones isolées (ex : l’Ile de Sein), les plans éoliens sont récents en France.
L’année 2001 a marqué un véritable tournant dans les projets éoliens de la France, avec des objectifs variant très rapidement. Décidés sans véritable étude économique, les réalisations sont encore limitées (350 MW début 2005). Contrairement aux Danois et aux Allemands qui ont rempli l’un de leurs objectifs – devenir leaders mondiaux dans l’industrie éolienne – les plans éoliens français ont échoué dans ce domaine. La France ne possède pas d’entreprise parmi les 10 premiers fabricants mondiaux. Des entreprises françaises fournissent néanmoins des composants importants des centrales éoliennes.
Plans français de développement des énergies éoliennes |
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Date |
Programme |
Objectif |
| 1996 | Eole 2005 | 250 à 500 MW en 2005 |
| 2000 | Loi modernisation du service public de l’électricité | 1500 MW en 2007 |
| 2001 | Accord à Bruxelles | 2000 à 6000 MW en 2010 (dont 500 à 1500 off-shore) |
| 2001 | Programmation pluriannuelle des investissements de production électrique | 13.000 MW en 2010 |
> Des tentations difficilement résistibles
Les différents intéressés ont immédiatement compris les avantages qu’ils pouvaient tirer de l’engagement de la France auprès de Bruxelles et du nouveau programme éolien : dès 2001, des demandes de connexion au réseau EDF pour 13.000 MW étaient déposées, dépassant les objectifs et les possibilités d’EDF. Les investisseurs et les fabricants d’éoliennes étaient naturellement enthousiastes, mais aussi les municipalités et les propriétaires de terrains. Pour un village de quelques centaines d’habitants, une centrale de 5 ou 10 éoliennes représente un pactole inespéré. Pour les propriétaires de terrains, planter des éoliennes rapporte de 3.000 à 5.000 € net par éolienne et par an, 10 à 20 fois plus que cultiver du blé ou élever des bovins, tout en permettant de se consacrer à ses loisirs favoris.
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Une centrale de 5 éoliennes de 2 MW rapporte par an :
Source : EDF et centrales en activité |
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Serge Lepeltier, ministre de l’écologie |
2526 demandes de permis de construire sont actuellement en cours d’instruction. Certaines régions sont littéralement débordées par la demande.
| Permis de construire | Accordés |
Refusés |
En instruction |
| Bretagne | 123 |
164 |
262 |
| Nord Pas-de-Calais | 38 |
66 |
654 |
| Languedoc-Roussillon | 113 |
139 |
155 |
Seules les réactions très négatives de la plupart des populations concernées commencent à faire hésiter les maires et les investisseurs.
> Des subventions cachées
De multiples bonnes fées entourent le berceau de chacun des projets éoliens et déversent leurs subventions. En plus de la taxe payée par tous les consommateurs d’électricité, on peut compter sur les subventions européennes aux régions pour le développement de l’énergie éolienne et sur l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Son budget (331 millions d’Euros par an) lui permet de contribuer aux études préliminaires des projets. Le réseau de transport d’EDF est aussi mis à contribution : les éoliennes produisent de l’électricité à des endroits très divers, souvent excentrés, pour lesquels le réseau de transport d’EDF n’a pas été prévu. Ses responsables ont estimé en 2001 que l’adapter à une production éolienne de 12.000 MW coûterait 22 Mds de Francs (3,6 Mds €).
> Pourtant EDF s’y met
EDF n’avait jamais été favorable aux éoliennes. Disposant d’un parc de centrales nucléaires surdimensionné et de barrages hydroélectriques conséquents, produisant des kilowatts à un coût très bas, on voit mal ce qui aurait pu la motiver. Depuis 2001, EDF a changé de stratégie. Se donner une image "écologique", gagner de l’argent grâce aux prix garantis par l’Etat et accessoirement motiver une partie de son personnel désœuvré depuis la fin du programme électronucléaire, cela ne se refuse pas. EDF a donc créé une filiale consacrée aux éoliennes qui a l’intention de prendre 30% du marché français.
> Bruxelles l’a dit
En 2001, la France s’est engagée à augmenter sa production d’électricité d’origine renouvelable de 15 à 21% en 2010 (la quasi-totalité des 15% actuels provient des barrages hydroélectriques existants). Pourquoi la France a-t-elle pris cet engagement ? La France produit déjà tellement moins de CO2 que ses voisins, qu’elle n’avait aucune raison de se lier les mains de façon inconsidérée. Son effort aura d’ailleurs un impact tout à fait négligeable sur la quantité de CO2 produite dans le monde et même sur celle produite en Europe.
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Proportion d’électricité produite à partir du charbon, pétrole et gaz
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La plupart des pays ne tiendront pas leurs engagements – purement indicatifs – pris sans doute dans l’euphorie collective d’une nuit de négociations. Revenir à la réalité posera beaucoup moins de problèmes que faire accepter notre déficit des comptes publics de plus de 3%.
> Conclusion
L’éolien a été choisi par l’Etat comme la technique favorite pour atteindre l’objectif de production de 21% d’électricité d’origine renouvelable, soit l’installation de 12.000 MW éolien ou 6.000 éoliennes. L’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques a évalué fin 2001 que pour 12.000 MW éolien installés, le surcoût serait situé entre 17 et 26 Mds € sur 20 ans, soit 1 Md€ par an. Le prix de l’électricité serait augmenté de 2c€ par kWh, soit de 3% pour les particuliers et de 15% pour les industriels. L’Office a estimé qu’une augmentation de 1c€ par kWh suffit pour handicaper nos industries et provoquer des délocalisations.
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Dans la situation de la France, la seule bonne réponse est 3.. Mais c’est dans la recherche, y compris celle sur les énergies éoliennes, qu’il faut investir, pas dans la production. |
La Commission de Régulation de l’Electricité, organisme également tout à fait officiel, a déclaré que les prix des kW éoliens "se traduiront par une augmentation significative des prix de l’électricité en France, et représente un moyen exagérément coûteux pour la collectivité d’atteindre l’objectif de développement de la filière qu’a choisie le gouvernement".
La France produit beaucoup plus d’électricité qu’elle n’en consomme, et sa consommation progresse peu – on est loin du temps où la consommation doublait en 10 ans. Ses exportations sont faites à des prix de gros, très inférieurs à celui des kWh éoliens. Ses centrales nucléaires actuelles sont en place pour encore 20 ou 30 ans. EDF admet avoir même des centrales thermiques "sous cocon", donc inutilisées mais prêtes à redémarrer en quelques mois. Nous n’avons donc aucune raison économique de construire des éoliennes. Il est étrange que les gouvernements, de gauche puis de droite, n’aient tenu aucun compte des recommandations des deux organismes créés pour les guider dans leurs choix. Aussitôt nommés, les ministres de l’écologie se comportent comme les représentants syndicaux des intérêts de leur ministère et du lobby éolien. Quelqu’un leur a-t-il dit qu’ils étaient supposés en être les managers ?
[1] Les éoliennes récentes sont nettement moins bruyantes. Certains voisins se plaignent pourtant "quand le vent forcit, c’est comme le vrombissement d’un réacteur sur une piste d’aéroport (Finistère)". Ce à quoi les promoteurs répondent "quand le vent forcit, le bruit du vent couvre celui des éoliennes".
Là aussi, une agence qui va nous côuter trop cher (4 milliards). C'est insupportable.
Fabrice - 10/02/10 20:35
Je vous signale un excellent article du magazine la RECHERCHE de décembre 2009 . Le plus gros défaut est que si on veut compter (...) Lire la suite
HG - 25/11/09 22:54
Votre article sur le développemennt des éoliennes en Suisse est convaincant. De nombreuses suggestions ont été faites pour savoir comment utiliser (...) Lire la suite
Philippe François (iFRAP) - 06/09/08 11:01
J'ai découvert votre article après en avoir publié un sur le même thème ( http://drgoulu.wordpress.com/2008/08/30/rentabilite-des-eoliennes/ (...) Lire la suite
Dr. Goulu - 06/09/08 11:01


