Jusqu’à présent les producteurs d’électricité annonçaient la couleur. Quand ils parlaient de "Centrale au charbon", de "Barrage hydroélectrique", de "Réacteur nucléaire", ou d’ "Usine marémotrice", tout le monde comprenait qu’il s’agissait d’industrie, pas de petites fleurs. Pour les éoliennes, il faut qu’agences de publicité et de marketing aient été appelées à l’aide pour avoir inventé des termes aussi éloignés de la réalité.
Il faut dire qu’avec la multiplication des éoliennes, le débat entre pro et anti fait rage. Du côté des pro, ceux qui touchent la taxe professionnelle et les écologistes soucieux du réchauffement climatique. Du côté des anti, ceux qui ont des éoliennes dans leur voisinage et les écologistes soucieux de préserver les paysages et le calme de la campagne [1] . Au pied d’une éolienne, on peut légitimement admirer son élégance et ressentir de la fierté devant la prouesse technologique. Mais trancher le débat entre écologistes, pollution atmosphérique contre pollution visuelle et acoustique, est impossible. Est-ce qu’au moins sur le plan économique, le débat est clairement posé ?
La hausse du prix du pétrole nous rappelle régulièrement que ce produit va disparaître et qu’il serait sage d’y penser. S’être fait avoir par les sommités mondiales du Club de Rome il y a 30 ans, "plus une goutte de pétrole dès 2001", nous rend un peu circonspects. Il n’empêche qu’un jour il n’y aura plus assez de pétrole et que chercher de nouvelles énergies est tout à fait justifié. Après l’eau des barrages, le feu des centrales, pourquoi ne pas domestiquer le vent ?
> 100, 1000 ou 100000 éoliennes ?
Les chiffres sont formels : capturée, toute l’énergie du vent suffirait à satisfaire nos besoins. Mais la vraie difficulté avec les éoliennes provient des ordres de grandeur. Une éolienne récente d’une puissance de 2 Méga Watt (MW) produit 4 milliards de watts par an. C’est énorme, mais il faut dire qu’un watt, c’est très petit. Une ampoule typique en utilise 60 par heure.
Nous consommons en France par an 468 terawatts heure (TWh) d’électricité, soit 468 millions de millions de watt heure. Pour les produire, il faudrait installer 117.000 éoliennes.
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Ordres de grandeur
Pour remplacer 1 réacteur, |
Dilemme écologique : les habitants du Larzac manifestent contre l’implantation d’éoliennes sur leur plateau |
> Coût du kilowatt heure éolien
Personne n’a jamais proposé de remplacer toutes nos centrales électriques par de l’éolien. Tout au plus de compléter les moyens existants. A quel prix ?
Pour encourager l’installation des éoliennes, l’Etat contraint les fournisseurs d’électricité (EDF mais aussi ses concurrents) à acheter l’électricité produite par les éoliennes à un tarif fixé à l’avance. Ces coûts sont très supérieurs à ceux d’EDF estimés à 3,5 c€. La preuve ? Regardez au verso de chacune de vos factures EDF : la ligne "Contribution aux charges de service public" inclut ce que chaque abonné paie pour tenir compte du surcoût du kWh éolien. Ce montant est malheureusement amalgamé avec d’autres charges telles que le coût des réductions accordées aux abonnés en situation difficile. La contribution éolienne est faible pour le moment mais va augmenter avec l’accroissement du nombre d’éoliennes. Les consommateurs doivent exiger que le montant de chacune de ces charges, de natures totalement différentes, soit clairement identifié sur leur facture.
Nucléaire ou Gaz |
Eolien |
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3,5 c€/kWh |
5 premières années |
années 6 à 10 |
| 8,355 c€/kWh réévalué chaque année en fonction de l’inflation | Prix fonction de la production réelle, calculé de façon à maintenir le revenu de l’éolienne à peu près constant | |
Les partisans de l’éolien assurent qu’en moyenne le coût du kilowatt éolien n’est pas tellement plus cher que les autres, et qu’il sera bientôt compétitif. En réalité, les éoliennes souffrent d’une série de véritables handicaps.
> Les vents sont capricieux
La production d’électricité d’une éolienne augmente comme le cube de la vitesse du vent. Avec un vent de 60 km/h, une éolienne produit 8 fois plus d’électricité qu’avec un vent à 30 km/h. Plus que les vents réguliers et faibles, ce sont les vents forts qui sont précieux, mais au-dessus de 70 ou 90 km/h suivant les modèles, les éoliennes sont arrêtées par souci de sécurité. Pour un client il est désagréable d’avoir un fournisseur dont on ne sait jamais s’il va produire, et qui s’arrête soudain alors qu’il est en production maximale parce que le vent a encore fraîchi. Les éoliennes ne sont démarrées (par des moteurs électriques) que pour des vents minimum entre 20 et 30 km/h. Le tableau ci-dessous montre qu’à ces vitesses, leur production est négligeable, il faut turbiner deux cents heures de vent à 15 km/h pour produire autant qu’une heure à 90 km/h.
Vitesse du vent en Km/h |
Puissance en Watt / m2 |
15 |
39 |
30 |
314 |
60 |
2509 |
90 |
8467 |
Autre handicap, les pics de consommation d’électricité correspondent aux grands froids et de plus en plus aux périodes de fortes chaleurs. Malheureusement, ce sont aussi des périodes où, en France, les vents sont très faibles.
> Eoliennes en mer (off-shore)
Mettre les éoliennes en mer semblait résoudre 2 problèmes : d’une part le vent y est beaucoup plus régulier et plus fort, d’autre part il n’y a pas de voisins pour manifester contre le bruit et la vue des éoliennes. Pour des raisons pratiques, les éoliennes doivent être implantées dans des mers peu profondes (jusqu’à 10 mètres) et près des côtes. Malheureusement, la France ne dispose pas d’un plateau continental et donc de mers peu profondes comme le Danemark. Et professionnels de la pêche et du tourisme n’ont pas tardé à rappeler que la mer aussi est très utilisée. La loi littorale de 1986 sanctuarise la partie "terre" du littoral interdisant les constructions et protégeant les paysages, pourquoi la partie "mer" serait-elle moins respectée ?
Au Danemark, pionnier de cette technologie, la maintenance des éoliennes en mer s’est avérée plus difficile que prévu. Le net de l’affaire est que pour les centrales éoliennes off-shore, les investisseurs en France (publics ou privés) réclament des prix garantis encore supérieurs à ceux des éoliennes terrestres (EDF estime le surcoût à 30%).
> Pourtant le modèle danois...
Les champs d’éoliennes terrestres et maritimes du Danemark fascinent les voyageurs qui les admirent et les écologistes qui les envient. Ce pays a été souvent cité par Société Civile comme un modèle dont la France devrait s’inspirer dans de nombreux domaines. Vraiment pas en ce qui concerne le prix de l’électricité, 2 fois plus élevé qu’en France. Les éoliennes danoises (20 fois plus nombreuses qu’en France pour 12 fois moins d‘habitants) sont largement subventionnées par une surtaxe sur les autres sources d’énergie électrique.
Répartition moyenne du coût des centrales éoliennes |
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Eolienne (environ 1 million €) |
Raccordement (environ 100.000 €) |
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| Génie civil | 10% | Génie civil | 15% |
| Mât tour | 15% | Infrastructure | 25% |
| Rotor | 15% | Poste de transformation | 35% |
| Nacelle, électromécanique | 60% | Station relais | 25% |
Il faut dire que par rapport à la France, le Danemark est un énorme pollueur en gaz carbonique (CO2) : en 1999, son électricité était produite massivement à partir de charbon, gaz et pétrole, dans des proportions 10 fois supérieures à ce qui est fait en France. Pays très écologique, le Danemark a tenté une reconversion drastique et installé plus de 1000 éoliennes. Une solution sympathique, mais très coûteuse et nullement miraculeuse. Malgré cela, en 2030, le Danemark produira encore la moitié de son électricité à partir d’énergies fossiles (gaz) soit une proportion 5 fois supérieure à la France. Et l’éolien ne représentera encore que le quart des énergies renouvelables sur lesquelles compte le Danemark. Les autres sont principalement les cultures énergétiques, la paille, le bois et les déchets.
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« Ce n’est pas seulement l’Agence danoise de l’énergie qui est attaquée par la "Cour des Comptes" (State accountants) mais aussi les autorités fiscales pour ne pas avoir contrôlé les milliards de couronnes donnés aux propriétaires d’éoliennes au Danemark » The Danish Daily Berlingske Tidende |
[1] Les éoliennes récentes sont nettement moins bruyantes. Certains voisins se plaignent pourtant "quand le vent forcit, c’est comme le vrombissement d’un réacteur sur une piste d’aéroport (Finistère)". Ce à quoi les promoteurs répondent "quand le vent forcit, le bruit du vent couvre celui des éoliennes".
Là aussi, une agence qui va nous côuter trop cher (4 milliards). C'est insupportable.
Fabrice - 10/02/10 20:35
Je vous signale un excellent article du magazine la RECHERCHE de décembre 2009 . Le plus gros défaut est que si on veut compter (...) Lire la suite
HG - 25/11/09 22:54
Votre article sur le développemennt des éoliennes en Suisse est convaincant. De nombreuses suggestions ont été faites pour savoir comment utiliser (...) Lire la suite
Philippe François (iFRAP) - 06/09/08 11:01
J'ai découvert votre article après en avoir publié un sur le même thème ( http://drgoulu.wordpress.com/2008/08/30/rentabilite-des-eoliennes/ (...) Lire la suite
Dr. Goulu - 06/09/08 11:01


