On rappelle à l’envi que, contrairement à l’Etat, les collectivités sont tenues de voter leurs budgets en équilibre et ne peuvent emprunter que pour leurs investissements. Le Rapporteur général du Budget à l’Assemblée nationale estime à « une fourchette de 120 à 150 milliards d’euros » la part des collectivités locales dans la dette de 1500 milliards de la France, soit moins de 10%.
Ainsi, les collectivités locales n’auraient qu’une responsabilité epsilonnesque dans la dette publique. Et si les collectivités contournaient leurs contraintes d’équilibre budgétaire en transférant leur déficit à l’Etat ?
En 2007, les collectivités locales ont reçu 47,7 milliards de concours de l’Etat. Mais ce n’est pas tout, elles ont aussi reçu 16 milliards d’euros en contrepartie de moins-values fiscales et d’exonérations dont l’Etat assure la compensation. Explication : chaque fois qu’une collectivité vote un budget dont les recettes réellement collectées s’avèrent inférieures aux recettes théoriques votées, c’est l’Etat qui amortit et ce, en vertu du principe de l’unité de trésorerie énoncé à la fin du XIXème siècle [1]. D’autre part, toujours dans ces 16 milliards, l’Etat compense généralement toute exonération ou dégrèvement consenti aux ménages et aux entreprises.

Il faut en outre rajouter les taxes nationales dont tout ou partie du produit est arbitrairement affecté aux collectivités locales et qui représentent en 2007, 31,6 milliards d’euros. Ainsi, sur un total de dépenses de 200 milliards d’euros, l’Etat contribue en réalité à hauteur de 136 milliards d’euros, et par conséquent les collectivités ne financent elles-mêmes que le tiers de leurs dépenses. Au final, sur les quelque 200 milliards de budget des collectivités, seuls 62,1 milliards sont réellement issus de la fiscalité propre aux collectivités locales, ce que l’on nomme les « 4 vieilles » : taxe d’habitation, taxe foncière, taxe sur le foncier non bâti et taxe professionnelle, auxquelles il faut ajouter la taxe sur l’enlèvement des ordures ménagères, le versement destiné aux transports en commun et les DMTO (droits de mutation à titre onéreux) moins la compensation des dégrèvements d’impôts locaux versée par l’Etat. On peut dès lors conclure que la part de la dette publique issue des dépenses des collectivités est bien supérieure à 150 milliards, peut-être le double, voire le triple.
Toute augmentation des dépenses liées à des charges fixes exceptionnelles ou à des investissements pharaoniques, ne pèse donc que partiellement sur les échelons locaux mais inexorablement sur les dépenses publiques en général. On ne compte plus les palais d’architectes commandés, qui par le Conseil général, qui par le Conseil régional, et un petit tour de France suffit pour constater qu’argent et croissance ne semblent pas manquer aux territoires indépendamment du fait que croissance et entreprises ne sont pas au rendez-vous. Pire, en dépit de la « vertu budgétaire locale », tandis que l’Etat abonde toujours plus les budgets locaux, les collectivités embauchent de plus en plus. Pendant que l’Etat tente timidement de réduire ses effectifs, les collectivités les augmentent sans vergogne. Hors effectifs transférés de l’Etat aux collectivités, les chiffres de hausse des personnels donnent le vertige : + 52 700 personnels en 2004, + 39 000 en 2005, + 45 700 en 2006, + 35 700 en 2007, avec à la clé plus de 64% d’augmentation des effectifs dans les intercommunalités en 10 ans…
Autant de dépenses en plus sur le long terme, autant d’engagements financiers sur lesquels les territoires n’auront plus de marge de manœuvre à l’avenir. Pour preuve, quand les recettes sont en baisse à cause de la conjoncture, aucune ville, aucun département, aucune région ne songe à réduire les dépenses publiques locales. L’exemple des droits de mutation sur l’immobilier suite à la crise, est riche d’enseignements : la seule solution a été d’augmenter la fiscalité locale avec + 6% en moyenne en 2009. Bref, la question de la dette et du déficit des comptes publics semble bien loin des préoccupations locales. Le temps de la responsabilisation devrait pourtant sonner la fin de la récréation. A quand une RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques) locale incitant fortement les collectivités à respecter la règle du non remplacement de 1 fonctionnaire sur deux, voire de 2 fonctionnaires sur 3 partant en retraite ?
[1] Cf thèse de Xavier de Cabannes, Le principe de l’unité de trésorerie, LGDJ Paris 2000, 448 p
Je lis ici ou là que les collectivités territoriales financent désormais les créations d'entreprises ? Incubation, (...) Lire la suite
Francis - 15/02/10 23:29
En tant qu'ex élue locale, je ne peux qu'être en accord avec les réactions que je viens de lire. Je me souviens (...) Lire la suite
MC 17 - 10/11/09 14:55
Il faut observer que l'Etat s'est débarrassé de nombreuses procédures sur les collectivités locales, sans (...) Lire la suite
B D - 08/11/09 9:25
Le comportement des collectivités locales en matière budgétaire est un véritable sabotage. A quand des sanctions (...) Lire la suite
Philippe Giboury - 06/11/09 18:38
Le luxe provocant étalé par les conseillers élus, c'est de notre faute, à tous les étages alors que (...) Lire la suite
xavier - 06/11/09 12:46
à savoir: - mairies - conseils généraux - conseils régionaux dépensent dépensent dépensent (...) Lire la suite
spefe - 06/11/09 12:07
Encore et encore la dépense publique superfétatoire. Votre article corrobore tous les autres (fonctionnaires surnuméraires, (...) Lire la suite
JM - 06/11/09 12:00
Je paie depuis plus de 40 ans des taxes locales, je me plains régulièrement aux élus locaux de l'augmentation des (...) Lire la suite
JE - 06/11/09 11:46
Enfin on y vient, et vous comprendrez pourquoi il faut réformer la fiscalité. Une seule règle, l'ordonnateur qui veut (...) Lire la suite
HR - 06/11/09 11:17
J'apprécie d'autant plus votre article, qu'au début de la décentralisation, j'ai craint que donner (...) Lire la suite
RH - 06/11/09 10:26
En tant qu'ancien conseiller municipal, j'ai démissionné en 2005 refusant de cautionner les dépenses inconsidérées (...) Lire la suite
LDADRIEN - 06/11/09 10:20
A ce propos je croyais que, de par la Constitution, tout prélevement obligatoire devait être voté par les deux assemblées (...) Lire la suite
TJ - 06/11/09 8:36
Je suis professeur et ai appris avec effarement par un rapport de la Cour des comptes que le transfert des agents techniques des collèges (...) Lire la suite
Elsa09 - 06/11/09 7:59
Votre article redresse les discours offensifs des élus de l'opposition, et les effets de la mauvaise défense de l'État. (...) Lire la suite
Sceptique - 06/11/09 6:09
Que faites-vous des conclusions du récent rapport de la Cour des comptes intitulé "La conduite par l'Etat de la décentralisaiton" (...) Lire la suite
Opsomer - 05/11/09 22:40
Le fameux rapport Péberau, enterré comme d'habitude, disait tout ce qu'il fallait faire pour que la France retrouve (...) Lire la suite
JL - 05/11/09 20:30


