Interviewée (3 septembre) sur France Inter au lendemain de l’intervention du président Bush à la Convention républicaine, Martine Aubry s’est lancée dans une attaque féroce contre celui-ci en l’accusant de tous les maux sur la planète, le traitant de "fou furieux" et qualifiant son bilan de "catastrophique". On a, bien sûr, le droit de ne pas être d’accord avec les choix de la Maison Blanche en politique internationale (surtout lorsqu’on fait partie d’un Etat impuissant et inexistant à l’étranger), mais dire la même chose de la politique économique relève de la plus crasse ignorance. C’est un culot que seuls les politiques français se permettent, surtout ceux qui ont été rejetés par les Français aux élections.
D’après notre ancienne ministre, grande innovatrice en matière d’emplois avec les 35 heures et les emplois-jeunes, la situation économique dans l’Amérique de Bush est très mauvaise avec de nombreux pauvres et chômeurs. Or, le hasard a fait que, seulement quelques heures après cette interview, le Département du Travail américain a publié les dernières statistiques de la création d’emplois. Plus de 144.000 emplois ont été créés en août ; de plus, les créations des deux mois précédents ont été revues à la hausse (celles du mois de juillet étant même multipliées par deux) ce qui fait que le taux de chômage baisse à 5,4% de la population active (moins de la moitié du taux français). Il s’agit de la meilleure performance depuis octobre 2001 et c’est un taux qui est même meilleur que celui de 1995, année de la réélection de Clinton.
Vu l’état du marché de l’emploi américain, il ne reste qu’à envoyer Mme Aubry sur place pour qu’elle répande ses lumières.
Lorsque les "analystes" français de l’Amérique parlent de pauvreté, ils n’oublient pas de faire allusion aux inégalités entre riches et pauvres. D’après eux - et c’est une ritournelle - le fossé entre les pauvres et les riches s’accroît régulièrement aux Etats-Unis. En 2002, d’après les statistiques sur la répartition des revenus américains en quintiles (c’est-à-dire en divisant la population en 5 groupes de familles) faite par le Census Bureau (l’équivalent de notre INSEE), le premier quintile (le plus haut) recevrait 49,7% du total des revenus (en moyenne, 84.320 dollars par an) et le quintile le plus bas ne recevrait que 3,5% (environ, 17.910 dollars/an). Ceci équivaut à dire que le premier quintile reçoit 14,5 dollars de revenus, tandis que le cinquième ne reçoit qu’un seul dollar.
Ce fossé qui démontre la situation des pauvres en Amérique est repris régulièrement en tant qu’argument de choc par les étatistes en France (sans parler des médias) et aussi par les démocrates aux Etats-Unis durant les campagnes électorales. Récemment le candidat à la vice-présidence, John Edwards, a affirmé qu’aux Etats-Unis, "certains travaillent, d’autres encaissent les bénéfices, certains payent les impôts, d’autres profitent des exonérations d’impôts". C’est vrai mais pas dans le sens suggéré par Edwards dont les propos démagogiques n’ont rien à envier à ceux d’un François Hollande. Edwards oublie de mentionner qu’il a gagné plus de 60 millions de dollars en quelques années comme avocat, et qu’il a soigneusement évité de payer sa dîme à la sécurité sociale (retraite) en montant une société qui recevait ses honoraires, lui versait un petit salaire et le reste en dividendes non taxées par la Sécu ; son excuse : avoir une société pour se protéger contre les procès.
Car les statistiques du Census sont incomplètes et partielles car le Census Bureau et le Congress Business Office sont à gauche et ne se privent pas d’intervenir à leur manière dans la campagne électorale. Dans des circonstances similaires, en 1987, des annonces faites par la CBO avaient été tellement truquées que le CBO avait dû faire amende honorable publiquement. De même :
Quand toutes ces corrections sont faites, on s’aperçoit que l’écart entre les riches et les pauvres est identique à celui qui existe en France.
Mais, au-delà de la correction - nécessaire - des chiffres truqués et mal interprétés, le plus important est le fait que ces inégalités ne sont pas durables, ne sont pas figées. Aux Etats-Unis, on peut être "pauvre" aujourd’hui et plus riche demain, la mobilité étant impressionnante. C’est un pays qui offre aux jeunes des chances de réussite extraordinaires. Une étude réalisée par un think-tank étatiste (Urban Institute) en suivant l’évolution des revenus moyens des familles depuis les années 1970, montre qu’en seulement 10 ans, les revenus des plus pauvres ont augmenté de 77% et ceux des plus riches de 18%. Signe incontestable de la réussite.
John Edwards et les étatistes ont raison : il y a des inégalités aux Etats-Unis, comme d’ailleurs partout dans le monde. Mais il y a aussi des possibilités incroyables de s’enrichir. Le plus important c’est de faire grossir le gâteau et non pas de diviser un petit gâteau comme le font les socialistes français.


