Les Anglais ont une population très légèrement inférieure à la nôtre : 59 millions contre un peu plus de 60 en France.
Pourtant, le nombre de personnes employées dans le secteur marchand est de 7 millions supérieur au nôtre : 24,201 millions contre 16,810 millions1 un écart formidable de près de 40%.
Depuis 1982, ils ont créé 6 millions d’emplois marchands de plus que nous. Nous avons stagné autour de 17 millions, ils sont passés de 18 à 24 millions.
Imaginons une seconde ce que serait la situation française si nous avions 7 millions d’emplois marchands (privés) de plus : cela ferait baisser nos prélèvements obligatoires d’un tiers. D’un coup de baguette, ces prélèvements qui nous placent parmi les pays les plus lourdement écrasés par les impôts et les charges sociales, avec des totaux qui suivant les calculs se situent entre 45 et 53% du PIB, se trouveraient soudainement ramenés à moins de 35 %. Au lieu de nous ridiculiser avec le taux de fonctionnaires le plus élevé de l’occident, autour de 25% de la population active, un fonctionnaire pour 4 personnes actives, ce taux tomberait autour de 17%, pas beaucoup plus mal que la plupart des pays de l’OCDE parmi les plus performants. Faut-il réduire le nombre de fonctionnaires ? Certainement, mais pas dans les proportions dramatiques qui seraient nécessaires si on voulait passer de 25% à 17% seulement par réduction de leur nombre.
En d’autres termes, le drame français n’est pas tellement que nous avons trop de fonctionnaires, c’est que nous n’avons pas assez de personnes employées dans le secteur privé.

En matière de non création d’emplois privés, nous avons fait fort en France. Tous les autres pays ont créé des emplois privés plus ou moins massivement, nous, nous avons fait 0 depuis 30 ans. Toutes les politiques de l’emploi que chaque gouvernement n’a pas manqué d’imaginer ont toutes consisté à éliminer des chômeurs potentiels des statistiques du chômage en les parquant ailleurs : en les gardant plus tardivement à l’école, en les faisant partir plus tôt en retraite, en leur donnant des petits boulots dans des emplois aidés qui ne correspondent le plus souvent à aucun besoin réel et qui de ce fait laissent leurs bénéficiaires sans avenir et sans ressources lorsque l’aide de l’Etat s’arrête.
C’est pourquoi le pourcentage de la population active, ayant un emploi ou au chômage, par rapport à la population en âge de travailler (15 à 65 ans) est l’un des plus faibles de l’occident : autour de 63% alors que ce chiffre dans les pays anglo-saxons, la Grande-Bretagne, les USA, les pays nordiques, la Suède, le Danemark, se situe autour de 73 à 76%.
C’est pourquoi le chiffre officiel du chômage en France est de 10 %, mais en réalité plutôt 15 à 20%, contre moins de 5% en Grande-Bretagne.
C’est pourquoi 2 jeunes sur 3 ont un emploi en Grande-Bretagne, contre 1 sur 3 en France. Désespérant. Et désespérant pas seulement pour les enfants sans éducation ; on pourrait alors encore rêver de leur donner une formation post-scolaire. Mais que dire lorsque des bac + 5 viennent vous raconter qu’ils en sont réduits à prendre des stages non payés ou payés 300 € par mois pour s’occuper après la fin de leurs études ? ou quand on vous annonce l’arrivée à Sydney, Australie, de 25 couples jeunes qui n’ont plus l’idée de revenir ?
Pourtant, comme nous allons essayer de le prouver dans ce dossier, l’écart entre les Anglais et nous a des raisons très simples mais qui sont complètement ignorées de nos ministères, et, partant, de la plupart de nos représentants politiques.
Depuis le colloque tenu par l’iFRAP avec Entreprise et Progrès sous la présidence de Laurent Fabius, à l’Assemblée nationale en 1999, quelques progrès intellectuels ont été accomplis et c’est devenu maintenant une vérité à peu près reconnue que l’emploi naît d’abord dans les entreprises. Mais à partir de là, la politique officielle se développe en plein brouillard faute de repères chiffrés et d’une connaissance minimum de ce que l’on pourrait appeler la démographie des entreprises : pourquoi les entreprises naissent-elles, quelles sont celles qui comptent en matière d’emploi, quel lien y a-t-il entre les sommes investies et les créations d’emploi ?
Et la première grande erreur est d’avoir cru ou d’avoir fait croire que l’augmentation du nombre de créations d’entreprises, enregistrées depuis 2002, allait créer les emplois manquants et nous sortir du chômage.
L’INSEE a en effet montré que cette augmentation avait eu lieu dans les entreprises créées sans salariés, en clair, les entreprises créées pour employer un chômeur. Or nous avons déjà pléthore d’entreprises individuelles et artisanales. En créer davantage ne fait que précipiter la disparition de celles qui existent déjà, car si notre rue peut accueillir deux bouchers, l’apparition d’un troisième ne peut se faire qu’en faisant disparaître l’un de ceux qui existent déjà. C’est ce phénomène qui est à l’oeuvre depuis 2002 et qui fait que malgré un accroissement des créations d’entreprises de 20 à 30 000 unités par an, l’emploi total est en régression.
Sans compter le coût considérable de ces politiques publiques pour l’emploi des chômeurs : une association s’en est fait une spécialité, l’ADIE, dirigée par Maria Nowack et subventionnée par la Caisse des Dépôts, la Commission de Bruxelles, etc. Nous avons eu les comptes de l’ADIE et découvert que pour un en-cours de prêts à des chômeurs de l’ordre de 15 millions d’euros (un peu plus que les montants annuellement concédés), cette association dépensait en frais de gestion, notamment de personnel, aussi 15 millions. Imaginons une seconde ce que serait l‘économie française si les banques qui prêtent de l’argent avaient en frais de gestion des montants équivalents à ceux de leurs prêts… Heureusement que la Grameen Bank du Bangladesh, dont l’ADIE prétend s’inspirer, a réussi sans un sou de subvention. Mais il n’y a pas lieu de penser que les autres programmes étatiques d’aide aux chômeurs, l’ACCRE, EDEN, etc. soient mieux gérés


