La première, réalisée par l’iFRAP, montre qu’il existe un lien positif entre l’indice de Gini d’un pays et la croissance de ce pays dans les 10 ans qui suivent. L’indice de Gini, compris entre 0 et 1, est une mesure universellement acceptée qui est d’autant plus élevée que les inégalités de revenus sont plus fortes ; pour un indice de Gini de 1, tous les revenus seraient concentrés sur une seule personne, les autres n’ayant aucun revenu ; avec au contraire un indice de Gini de 0, les revenus de tous seraient égaux. Dans cette échelle, la France se situe plutôt dans la fourchette basse des pays développés avec un indice de Gini autour de 0,29, les USA vers le haut avec un indice de Gini de 0,38.
Ainsi, l’étude réalisée par la Fondation iFRAP a testé la relation existante entre l’indice de Gini mesuré au milieu des années 1980 pour 17 pays membres de l’OCDE [1] et la croissance moyenne annuelle de ces pays lors des 10 années suivant la mesure du GINI :

Les résultats de cette étude montrent qu’il semble exister un lien positif entre l’indice de Gini de base d’un pays et sa croissance lors des années suivantes. En d’autres termes, un pays ayant un indice de Gini de base élevé aura une probabilité plus forte d’avoir une croissance soutenue qu’un pays ayant un indice de Gini de base faible.
Les indices de Gini forts et la croissance du Gini ne sont pas forcément une malédiction et peuvent être au contraire une bénédiction. En effet, une étude menée en 2008 par James K. Galbraith et J. Travis Hale sur l’évolution des inégalités aux Etats-Unis [2] montre que la croissance des revenus de 5 comtés (sur 3.150) - New York (Manhattan), Santa Clara, San Francisco, San Mateo et King County - permet d’expliquer près de la moitié de l’évolution des inégalités apparues à la fin des années 1990 aux États-Unis. Or ces comtés sont précisément ceux où viennent s’ancrer les entrepreneurs qui ont fait la récente fortune de l’Amérique, attirés par le capital risque : Zuckerberg (Facebook), Brin et Page (Google), Ballmer et Allen (Microsoft)…
Ceci signifierait qu’un Gini fort, ou l’accroissement du Gini, serait simplement la traduction d’un très fort entrepreneuriat qui crée d’énormes fortunes et entraîne avec lui l’enrichissement du reste de la population. Rappelons que Microsoft, de même que Google, a fait environ 10 000 millionnaires et, en même temps, a apporté à l’ensemble de l’Amérique des outils qui permettent à la nation d’être beaucoup plus productive.
Ce qui manque en France. Parce que nous n’avons pas assez d’entrepreneurs, nous ne créons pas assez de nouveaux riches, le GINI restant bas. Ce décalage se reflétant dans le pourcentage de nouveaux riches dans les 25 plus grandes fortunes en France et aux États-Unis [3]. En effet, alors que les nouveaux riches représentent 76% des 25 plus grandes fortunes aux États-Unis, ils ne représentent que 36% en France. Notant de même que les nouveaux riches américains ont une richesse moyenne bien supérieure aux nouveaux riches français (14 milliards d’euros aux États-Unis contre 7 milliards d’euros en France).
La lutte contre les inégalités serait-elle l’art de mieux répartir la pauvreté ?
[1] Australie, Autriche, Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, Etats-Unis, Finlande, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas et Suède.
[2] Galbraith, James K. and J. Travis Hale, (2008) “Wage and Income Inequality in the United States”
[3] Source : France – Challenges (www.challenges.fr) ; États-Unis – Forbes (www.forbes.com).
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