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Vive la concurrence "N’oublions pas que la compétition
est un excellent, voire le seul aiguillon
pour ne pas gaspiller des ressources,
par définition rares, et pour tendre
vers l’excellence". Après son enquête sur les 4 imprimeurs d’Etat, l’iFRAP travaillait justement sur un 5e organisme du même genre, la Monnaie de Paris. Mais comment prendre le manifeste de son directeur : cri de victoire ou de désespoir ? Cette administration aurait-elle déjà fait sa révolution ? Pas du tout. La Monnaie de Paris défend farouchement son monopole de fabrication des pièces françaises pour rester à l’abri de toute compétition. Les pièces en Euro ont conservé une face nationale, contrairement aux billets tous identiques en Europe. Une façon habile de perpétuer ce privilège.
La Monnaie de Paris, créée en 864, est magnifiquement située quai Conti à Paris. Y entrer pour commander une médaille gravée spécialement pour son dernier né ou pour fêter la victoire de l’équipe de football de son village, est un plaisir. Mais on imagine que les prix de vente (45 € pour la médaille mariage, 125 € pour la montre Jules Vernes tirée à 350 exemplaires) sont loin des coûts de revient, très supérieurs à ceux de son bijoutier de quartier, voire à ceux des joailliers de la place Vendôme. Activité régalienne Mais le rôle principal de la Monnaie est de frapper les monnaies métalliques pour la France dans l’usine de Pessac. L’introduction de l’euro a constitué un pic d’activité très important, quasiment unique dans l’histoire de la Monnaie, et qui a peu de chance de se renouveler dans un avenir prévisible. Ces chiffres montrent que depuis 2002, la Monnaie est en sous-activité dramatique. La réalité est pire puisque depuis 2003, seules des pièces de centimes d’Euro sont produites, très simples à fabriquer donc de très faible revenu pour l’usine. C’est le Trésor et la Banque de France qui décident chaque année du plan de fabrication des pièces pour l’année suivante. En prévision de l’introduction de l’Euro, 8,9 milliards de pièces ont été fabriquées … mais seulement 5,1 mises en circulation, soit 43% restées en stock. Cette opération était unique, mais une telle erreur de prévision est catastrophique. Ce pic d’activité (en 2000, 5 fois la production de 1996) s’est traduit en machines, embauches et heures supplémentaires inutiles. Pour certaines pièces, le stock existant ne sera écoulé qu’en 2015. Une véritable comptabilité ferait apparaître des frais financiers et de stockage conduisant à un doublement du coût de production de ces pièces.
Mais même aujourd’hui, il est difficile de comprendre comment les commandes du Trésor ne sont pas lissées et peuvent augmenter de 43% entre 2005 et 2006, après avoir baissé de 25% l’année précédente. Le Trésor ne semble pas avoir conscience que le monde de l’industrie n’est pas celui du virtuel.
Une fois la quantité de pièces à produire fixée par le Trésor, leur prix de vente se trouve fixé automatiquement par une simple division: budget / nombre de pièces. Quand la production baisse, les prix augmentent en proportion. Le mécanisme ne tend vraiment pas à encourager la Monnaie à s’améliorer. En 2006, une augmentation de 45% de la production n’a engendré que 14% de revenu supplémentaire. Moins il y a de travail, mieux c’est.
Le rapport annuel de la Monnaie ne fournit aucune comparaison entre les coûts de fabrication des pièces en France et dans les autres pays européens. Ces données sont disponibles pour les billets, pourquoi pas pour les pièces ? Le Trésor belge a indiqué que son coût de production de la pièce de 1 ct est de 1,81 ct, celui de la pièce de 2 ct, d’environ 2 ct. Pour des quantités beaucoup plus faibles, la Belgique obtient donc des coûts très inférieurs à ceux de la France. Monsieur Dov Zérah a raison : l’absence de compétition conduit inévitablement à gaspiller les précieuses ressources de nos impôts.
Activités commerciales A côté de la production de pièces françaises, la Monnaie de Paris a des activités commerciales de fabrication de pièces pour le compte de pays étrangers. Ces dernières années, les seules commandes proviennent de pays en crise (Afghanistan) ou traditionnellement proches de la France (Banque des Etats d’Afrique Centrale, BEAC). Ces commandes ressemblent beaucoup à des commandes "liées" à des subventions et réalisées à perte. Par exemple, les 500 millions de pièces frappées pour la BEAC ont été cédées en 2006 à un prix moyen de 2 ct par pièce, un coût très bas jamais atteint même pour la pièce de 1 ct d’euro. Il s’agissait pourtant de 8 nouvelles pièces différentes. Activités artistiques La Monnaie de Paris a un rôle de conservateur des monnaies et médailles anciennes, et de création artistique incontestable. Mais la cohabitation entre des activités très différentes, strictement industrielle d’une part, artistique d’autre part, abritées dans les mêmes locaux, gérées par des comptabilités, directions et statuts identiques est toujours source de confusion. Le sénateur Marini, rapporteur du budget 2006 de la Monnaie s’est plaint de la mauvaise qualité des informations comptables qui lui ont été fournies et du retard mis à lui répondre. Les indicateurs de performance choisis en application du nouveau format de la Loi de Finance ne sont pas significatifs. Et 47 fonctionnaires travaillant pour la Monnaie restent comptabilisés au ministère des Finances, sans doute pour présenter un budget de la Monnaie moins déficitaire. Le ministère de la Culture doit décider
combien la France veut consacrer à cet aspect de la création
artistique, mais la production industrielle
des pièces doit être gérée avec
rigueur et devenir compétitive avec
celle des pays étrangers, ou bien être privatisée. 1 Directeur de la Monnaie de Paris, Point de vue publié dans Les Echos le 3 mai 2006 :"Les monnayeurs ont un avenir" Philippe François
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