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"J'ai honte de mon pays" C’est le cri de dépit de Jean-Robert Pitte, président de la Sorbonne. Il s’en explique dans un livre poignant : Jeunes, on vous ment ! Reconstruire l’Université, Editions Fayard, 2006. Nous l’avons rencontré dans son bureau.
A la Sorbonne, après avoir jeté par les fenêtre quelques tables et chaises, on a brûlé plusieurs livres de l’Ecole des chartes. Ensuite, les amphis ont servi de dortoir aux combattants exténués, enivrés par les parfums des joints ou les bières de médiocre qualité. Le vote à bulletin secret pour suivre les cours ? "Ils n’en ont pas voulu". Des négociations et des promesses pour tenter une réconciliation ? Il n’en était pas question. Pourtant, ces "grévistes" étaient une infime minorité, surtout en début de mouvement : des membres apparentés à un certain nombre de syndicats d’extrême gauche comme la CNT (Confédération nationale du travail), SUD Education (fédération des syndicats SUD, Solidaires, Unitaires, Démocratiques), FSE (Fédération syndicale étudiante). "Les durs parmi les plus durs". Dans le manifeste de la FSE (créée en 2003 !), on peut lire : "Nous sommes un syndicat de lutte. Nous ne reconnaissons comme légitime aucune instance dite représentative et démocratique, qu’elle soit locale ou nationale. Le syndicat est un outil au service de la lutte et doit favoriser son auto-organisation. Lors d’un mouvement étudiant, il doit veiller à la mise en place d’assemblées générales souveraines. En outre, nous devons travailler au service de la lutte en accord avec les principes précédemment évoqués, en combattant pour des coordinations nationales, seules légitimes à représenter les luttes étudiantes". Le jeune Bruno Julliard, dirigeant de l’UNEF, fils d’un couple socialo-communiste, a trouvé une excellente occasion de redorer le blason de son syndicat largement minoritaire dans les facs. Toutes ces organisations n’ont réussi à mobiliser qu’environ 10% des étudiants inscrits et les "assemblées générales" n’ont jamais dépassé un millier d’étudiants sur 26.000 inscrits. Et ce millier fait partie du pourcentage de 68% qui rêvent de devenir fonctionnaires (c’est le pourcentage obtenu par un professeur de Paris-Sorbonne à partir des fiches de ses étudiants de première année de Langues étrangères appliquées, l’une des filières les mieux orientées vers… l’entreprise au sein des humanités. Toutes ces criailleries étudiantes ont été "la risée des médias chez nos voisins". En Italie, le CPE existe d’ailleurs depuis quelques années et le gouvernement de Prodi n’y touchera pas, les Britanniques, les Néerlandais, les Danois et les Suédois ont depuis longtemps libéralisé leur marché du travail pour les jeunes. Il est vrai que les universités sont très mal dotées en moyens. La Sorbonne par exemple dispose d’un budget consolidé de 86 millions d’euros dont 8 millions de ressources propres (droits, formation continue, etc). Un étudiant revient annuellement à 3 300 €, soit la moitié d’un étudiant moyen français, moins qu’un enfant de maternelle, trois fois moins qu’un lycéen, et moins qu’un étudiant mexicain. Un étudiant à la Sorbonne dispose d’un espace de 2,6 m2, moins qu’un poulet de Bresse qui jouit de 10 m2, La faute vient de l’étatisation du système, de la mainmise des syndicats qui empêchent toute réforme. Le président de la Sorbonne ne se gêne pas d’envisager des solutions du côté de l’argent privé, de la concurrence et de l’autonomie des Universités. Si tous les présidents d’Université pouvaient être comme lui… Et lui ? Il ne peut rien faire. Un président sans présidence, sans pouvoir réel. C’est le ministère et les hauts fonctionnaires qui décident. Et après ? Les médias étaient là pour son livre. La droite a manifesté de l’intérêt. François Goulard a amélioré l’orientation des jeunes. "C’est déjà un petit quelque chose. Maintenant, il faut attendre et voir". Très souvent, les livres écrits sous le coup de la
colère sont bâclés, mal écrits, provoquant même
l’effet contraire de celui escompté. Or, celui de
Jean-Robert Pitte a bien été écrit en quelques
semaines, juste après la crise du CPE du printemps
2006. Néanmoins, son ouvrage d’une centaine
de pages est une parfaite synthèse des maux
qui rongent l’Université française.
Il se considère comme notre "complice" dans le
combat contre l’étatisme. Bon courage. Nicolas Lecaussin
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